Kinky Lab N° 3 : Genres et sexualité dans le BDSM.

Les propos ci-dessous, sont anonymes et issus d’un débat public. Ils ont été recueillis lors du Kinky Lab – Munch à Thème N° 3 ayant eu lieu le 08 Avril 2016 à Lyon et ayant pour thème « Genres et sexualité dans le BDSM ».

Pour définir les termes et ouvrir le débat nous sommes partis de ces éléments :

Concernant l’articulation entre sexe, genre et sexualités, l’idée est de considérer qu’il s’agit de constructions sociales et non de données naturelles. Ceci permet d’envisager les enjeux de pouvoir qu’ils servent.

Il n’y a pas deux sexes biologiques mais cinq (selon Anne Fausto-Sterling). De plus, si l’on reprend l’ensemble des critères considérés dans les commissions de médecins à propos des personnes intersexes ou transexuelles et qu’on passe l’ensemble de la population à leur crible, on s’aperçoit qu’à peine plus de la moitié des personnes dites « femmes » ou « hommes » correspondent complètement aux définitions médicales de ce qu’est une « femelle » ou un « mâle » humains. Le « sexe » (au sens biologique) a donc une histoire.

Le concept de genre a été utilisé en sciences sociales pour définir les identités, les rôles (tâches et fonctions), les valeurs, les représentations ou les attributs symboliques, féminins et masculins (ou autres…), comme les produits d’une socialisation des individus et non comme les effets d’une « nature ». Ceci permet notamment d’inscrire dans une histoire les inégalités sociales liées au genre. Dans les théories postmodernes du genre (Judith Butler), le genre n’est jamais dit une fois pour toutes. Il est, au contraire, réitéré et mise en scène en permanence, au cours de chaque interaction sociale.

Pour la sexualité également, la construction sociale joue un rôle central dans son élaboration et son fonctionnement (ex : la conception actuelle du BDSM est directement liée à des possibilités technologiques et des modes de circulation de l’information). Est ainsi remise en cause une vision « essentialiste » de la sexualité qui prévaut généralement, où elle résulterait d’une pulsion existant à l’état naturel, canalisée ensuite par la société. La mise en avant du complexe d’Oedipe et de l’autorité du Père par la psychanalyse fin XIXème-début XXème correspond à un moment de l’histoire des pays occidentaux où le patriarcat et la domination masculine furent à leur comble.

Source principale : Elsa Dorlin (2008), “Sexe, genre et sexualités. Introduction à la théorie féministe”, Paris, PUF (Philosophies), 153p.

Nous avions également préparé quelques questions ayant pour but de permettre aux participants d’exprimer leurs opinions :

 

Peut-on dissocier BDSM et sexualité ? Les relations BDSM n’impliquent  pas forcement de coït (passage obligé de la société vanille).

Pour certains Le S/M peut être pratiqué en combinaison avec le sexe, en introduction à une relation sexuelle mais le sexe peut également être complètement dissocié des séances. Pour d’autres il n’y a pas de dissociation : la sexualité fait partie de leur  « histoire » tout comme le BDSM.

« Sexualité ne veut pas dire génitalité »  La distinction a été trouvée intéressante. La sexualité est identifiée au coït mais ce n’est pas si évident : ça renvoi à la définition même de la sexualité,  « prendre du plaisir »

Peut-il y avoir du BDSM sexuel cérébral ?

  • Il est possible d’accomplir un acte non sexuel mais qui a une portée sexuelle pour soi. Un exemple hors BDSM a été donné : les tueurs en série pour qui donner des coups de couteaux peut figurer un simulacre d’acte sexuel.
  • L’humiliation  est un exemple de S/M pas forcément sexuel. Il peut avoir un côté extrême, et impliquer l’envie de se dépasser. Dans ce domaine, on peut dissocier la sexualité.

Peut on prendre du plaisir dans une scène avec une personne qui n’est pas de notre orientation sexuelle ? Les avis sont partagés et parfois tranchés ;

  • On en vient à la définition de sa propre sexualité.
  • Ça occulte la notion de genre.
  • Ne pas perde de vue que des hétérosexuels peuvent être attirés par une personne en particulier et pas un genre.

La définition du  sexe vanille est posée : peut-il se définir uniquement autour du coït  ? Non, car il implique de l’échange de pouvoir (distinction vanille / BDSM pas si claire). « Le sexe est-il un outil de prise de pouvoir ? »

Le plaisir peut-être autre chose que sexuel : on parle notamment d’apaisement, de plénitude .08

 

Est-on plus attaché aux pratiques et aux rôles qu’a ceux avec qui on pratique ?

Pour certains les choses fluctuent : centrées parfois sur la personne et parfois  sur la pratiqueOpposition  « fetishs très forts qui donnent du plaisir » vs « prendre du plaisir pour la personne. »

Pour d’autre c’est la personne qui compte avant tout : on peut essayer d’adopter certains rôles pour faire plaisir à une personne mais ça ne marche pas forcément. Dans le cadre d’un fetishisme fort la relation avec la personne (réceptive à la pratique) va avoir de l’importance.

Des  commentaires ont  été fait à ce moment là :

  • La relation existe parce quelle implique deux personnes, sinon, on est dans la consommation. L’intérêt du BDSM est de repenser la pratique de Domination subie.
  • Quelle que soit la relation (travail, amis etc …) les rapports de domination existent. On a besoin de l’autre parce que les besoins sont égoïstes. Le but est de se rejoindre dans une relation.
  • Comment différencier Vanille et BDSM ? L’enjeu de pouvoir n’est pas implicite il est exposé et négocié. Il faudrait pouvoir les dissocier mais c’est impossible

 

Est-on plus tolérant par rapport au genre dans le BDSM / le BDSM est-il un milieu moins normé ?

Le milieu était très hétéro-normé mais il évolue avec l’acceptation de pratiques différentes. Il est de moins en moins hétéro-normé. C’est un travail à long terme, à l’encontre de la société

Le milieu BDSM est il plus tolérant que la société en général ?  Un participant nous dit qu’en thaïlande il y a beaucoup de transsexuel (les ladyboys  qui représentent 5% de la population).  Pour autant un de ses amis a  beaucoup de difficultés  à s’intégrer  dans le monde BDSM.

Le problème est aussi français mais ça n’est pas la même choses dans d’autres pays d’Europe.

La question des inter-sexes est encore plus compliquée : ça passe pour les transgenres MtoF (Male to Femele) , mais c’est beaucoup plus difficile pour les FtoM (Femele to Male) et encore plus vers FtoX ou MtoX (male ou femele vers un sexe indéterminé).

Quid des Asexué et des gender fluid ? Les gender fluid ne se retrouvent pas dans les stereotypes du genre et naviguent entre les genres.

Ces difficultés d’intégration mènent à l’isolement dans le milieu LGBT.

Depuis quand est-ce qu’il y a des munch en France ? A Paris 5 ou 6 ans. C’est plutôt récent en europe et en Asie les rassemblements S/M publics n’existe pas, le BDSM est principalement professionnel.

 

Les dress-codes : Quid du genre dans le latex  ? Est-ce que le côté uniformisant de  la matière entraine un nivellement des genres.

Certains vêtements sont très genrés d’autres pas du tout. C’est le cas du zentai et de la dollification : Il y a un détachement au sexe,  on devient complètement autre chose.  C’est le cas pour les Furry : et l’identification à un animal. L’utilisation d’une combinaison intégrale permet de changer d’espèce mais aussi de sexe. (Homme habillé en renarde).

La dynamique est différentes dans le Pet play (personne animalisée) ou pour le Furry (animal personnifié)

Dans le travestissement il y a un jeu autour du personnage. Un rapport entre ce qu’on sait et ce qu’on ne sait pas. Une dynamique qui va de l’intérieur vers l’extérieur.

 

Peut-on être soumise et féminste ? Relation entre “domination masculine” dans la société et mise en scène des genres dans le BDSM.

La soumission n’est pas l’abandon de la personnalité mais au contraire l’affirmation de soi. Ce n’est pas une question de femmes : des soumises peuvent être féministe. Certain(e)s vont plus loin en disant qu’on ne peut pas être soumis sans être féministe car dans ce cas en n’ayant pas conscience des enjeux patriarcaux elle ne peut pas jouer avec ses codes dans le cadre du BDSM, elle ne fait que continuer à les subir. La soumission n’entre pas en conflit les convictions intérieures car être soumis est un choix.

Souvent dans la pratique de la soumission on retrouve des travers de la société patriarcale : par exemple une domina pénétrant un soumis avec un gode ceinture. La domination masculine ne doit pas être une répétition de la domination genrée et patriarcale.

La question du féminisme  a enflammé le débat et beaucoup de choses ont été dites

  • « Le féminisme est un truc de femme, créé par des femmes pour des femmes. »
  • Le féminisme c’est l’égalité des sexes, tout le monde a voix au chapitre
  • Est-ce que les hommes peuvent exprimer leur partie féminine ?
  • Le féminisme est un pur ressenti (d’intégrité)
  • Les hommes peuvent vouloir rejeter le patriarcat (interdit de pleurer, etc.)

Une question a été posée par une domina qui a eu besoin de féminiser son soumis, à la demande de ce dernier, mais ne comprenait pas les raisons de cette envie.

Dans la vision patriarcale cela renvoi à l’humiliation d’être une femme c’est se rabaisser.  Est-ce une honte d’être un homme soumis ? C’est une  position de plus en plus « acceptable ». Certains hommes se féminisent pour changer de peau. Ils en ont besoin pour leurs jeux BDSM

La féminisation donne la possibilité de laisser exprimer sa part de féminité. Ce n’est pas forcément le désir de devenir une femme mais en jouant le rôle d’une femme on peut plus facilement s’autoriser à explorer une autre forme de sensualité (porter des bas et trouver ça doux, etc)

« A contrario des hommes qui se féminisent, est-ce que des femmes se masculinisent ? »

  • Il y à moins de transgression pour une femme qui se masculinise que pour un homme qui se féminise
  • Etre masculine ce n’est pas forcément porter des vêtements d’homme ou porter des cheveux cour Ça peut-être une attitude.

 

Le BDSM offre-t-il des espaces spécifiquement intéressants pour remettre en cause les modèles de genre et de sexualité  ?

Le BDSM ne se pratique qu’à partir du moment où on se pose des questions. C’est l’aménagement d’un regard nouveau. C’est la pratique elle-même, pas le code / la mécanique du BDSM qui permet cela. Nous sommes entre gens réfléchis. On se pose des questions.

Dans un premier temps l’une des participante a trouvée le monde SM plus tolérant. Elle pense au  final que c’est la reproduction de la société. D’autres trouvent le milieu plus de tolérant que la société en générale. Opposition société vanille et BDSM mais « la société, c’est nous ».

Cela permet de questionner les gens et des propager nos idées « comme des virus »

Les possibilités de se positionner sans le BDSM au niveau du genre et de la sexualité sont multiples à l’image de notre positionnement sur Fetlife. Quelqu’un répondra a cela que Fetlife n’est pas représentatif du milieu BDSM français. Les utilisateurs n’adhèrent pas forcément aux possibilités de fet. Quelqu’un d’autre ajoute que l’ouverture d’esprit des créateurs du site ne reflète pas forcément celle des utilisateurs.

  • Quel que soit le milieu il n’y a pas de raison qu’il y en ait moins de « cons »
  • Je ne veux pas de jugements donc pourquoi je jugerais les autres ? Les gens qui acceptent trop de choses sont mal vus.
  • On n’ose pas en parler autour de Les personnes sont déconcertées mais pas forcément intolérantes. Etre du milieu vs pratiquer le BDSM
  • Le BDSM permet de dépasser la tolérance. Le respect est au delà de la tolérance qui est elle présomptueuse : « je te tolère » signifiant « je m’octroie le droit de t’autoriser à exister »

 

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