Eloge de la sexualité ennuyeuse

Le week-end dernier est paru cet article de Maia Mazaurette sur le blog du Monde. En général je trouve son point de vue intéressant, mais cet article me pose problèmes. Avant tout et pour remettre les choses dans leur contexte, je dois préciser que je suis un homme dominant, en couple depuis 4 ans avec une domina. Ayant les mêmes penchants déviants, nous pratiquons toujours à quatre mains et avec une troisième personne. Notre sexualité en tant que couple est elle complètement vanille

Missionnaire

L’emprunt de la pop culture à la sexualité alternative me semble assez normal. A l’heure où les communautés se déchirent pour savoir si le corps doit être couvert ou pas la mise en avant d’autres formes de sexualité et les choix de vie sont affirmés. Pourtant je comprend tout à fait que des gens puissent être choqués par des pratiques qui sont méconnues, fantasmées et déformées par les vidéos porno BDSM gratuites et le mummy porn. Et si le SM et les sexualités “alternatives” font vendre elles n’en sont pas moins une réalité à prendre en compte, même si elles ne touchent qu’une minorité de personnes.

Maia évoque un univers glauque et violent, mais l’esthétique du “Chocolat” est indéniable (quant on pense au Shibari par exemple), même si son sens n’est pas identique pour tout le monde (le SM est loin d’être simple à appréhender pour les non initiés et de toute façon il n’y a pas « un » mes « des » SM). Et si on en voit de plus en plus les traces, c’est peut être aussi que le chocolat devient mainstream (on s’en inquiète d’ailleurs dans “le milieu”). Les genres et sexualités alternatives peuvent également bénéficier d’un traitement tout à fait “normal” : c’est ce qu’on fait les frères Wachowski, devenus Lana et Lilly en mettant en scène dans la série “Sense 8” un couple lesbien dont l’une des protagoniste est transexeuelle, un gode ceinture et une orgie … (Je conseil vivement cette série et pas seulement pour son caractère subversif).

Et il y a bel et bien une hiérarchie dans les pratiques. J’ai personnellement trouvé un épanouissement dans le chocolat que je n’aurai pas su possible durant la première partie de ma vie. La société dicte la norme. Elle crée des cases dans lesquelles on doit se mettre, au risque de ne pas être à sa place, et au risque de ne pas être soi-même (et vivre sa vie par procuration ou dans le mensonge). Les célibataires sont vus d’un sale oeil, les homos sont (aussi) vus d’un sale oeil, les Bi sont (encore plus) vus d’un sale oeil. Et que dire des transgenres ? Du coup, au lieu d’opposer les gens pourquoi ne pas essayer de les comprendre, et d’accepter qu’ils ne sont pas comme nous ? Certaines personnes voudraient vivre une autre vie et ne pouvant avoir cette liberté, condamnent des gens et de situations qu’en secret elles envies.


« L’ennui est dans la tête, pas dans les gestes ». Et si on s’ennui dans une relation vanille, et on s’ennuie parfois tout autant dans une relation chocolat.  Mais on peut moins tricher dans une relation chocolat. On se dévoile plus. On devient intime plus vite. Le chocolat offre des possibilités quasi illimités de genres, de pratiques et de sexualité. Et même d’asexualité. Le chocolat n’est donc pas là « que » pour pimenter les relations vanille. Quand on dit cela, on retrouve d’ailleurs une hiérarchisation des pratiques mais inversée : la vanille est la règle, la norme, la pratique répandue. Le chocolat n’est qu’une série de pratiques ne visant qu’à pimenter la vie “normale”. La vanille ne s’oppose donc pas au Chocolat, le chocolat complète la vanille. Ce n’est qu’un parfum parmi bien d’autres.

Faire l’éloge du missionnaire c’est aussi faire l’éloge du système établi. Ne changeons rien. Laissons la femme en dessous et arrêtons d’essayer de nous mettre des idées folles en tête… (je prend ici le texte de Mais Mazaurette au premier sens du terme) Et dans le même temps, prétendons que “Personne n’est réellement vanille”. En fait beaucoup de gens ne sont tout simplement pas intéressés par le chocolat. Je parle BDSM à mes amis. Et si chez certain(e)s cela éveil une pointe d’intérêt, certains autres n’accrochent tout simplement pas. L’argument tombe en fin de chapitre, comme un cheveux sur la soupe et sonne pour moi comme une excuse : “en fin de compte le chocolat est tellement répandu qu’il fait partie des pratiques couramment fantasmées”

Chocolat

A l’heure de l’immédiateté, de la performance et du toujours plus, l’article nous pousse à ralentir et à profiter de ce qu’on a déjà. Et en cela je rejoins complètement son auteure. Le Chocolat est à la mode, et on en oublie que la sexualité “classique” est également intéressante. Mais pas de la bonne manière. Je me trompe peut être sur les intentions de l’auteur, mais je trouves son article réactionnaire. C’est un exercice de style écrit par quelqu’un qui n’a pas goûté au chocolat, ou qui ne l’apprécie pas à sa juste valeur. Mais surtout un article clivant. On n’est pas obligé de choisir entre “vanille” et “chocolat” et on peut aussi se réclamer de l’un ou de l’autre. Et même passer de l’un à l’autre.  Arrêtons surtout de stigmatiser, arrêtons d’opposer. Arrêtons également de dogmatiser. Profitons seulement de ce qui nous est offert en respectant le choix de ceux qui ne font pas comme nous.

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