Kinky Lab N° 12 – Les switchs

Les propos ci-dessous, sont anonymes et issus d’échanges en public. Ils ont été recueillis lors du Kinky Lab – Munch à Thème N° 12 ayant eu lieu le 19 Mai 2017 à Lyon.

Chacun était libre de s’exprimer en écrivant sa pensée sur des morceaux de papier, rassemblés, lus et débattus par toute l’assemblée. Les questions sont reportées ci-dessous en bleu, les réponses retranscrites de la façon la plus neutre possible.

En préambules au débat notre hôte de la soirée, Lorex nous fait ses recommandations pour le bon déroulement du débat :

  • Aucune intervention n’a plus de valeur qu’une autre
  • On ne se coupe pas la parole
  • On ne juge pas
  • On doit éviter les ping pong et les généralités
  • Les échanges doivent évoluer (on ne redit pas ce qui s’est dit, on fait évoluer le débat).
  • Le but n’est pas de convaincre

Et afin de rendre les échanges plus concrets et plus intéressants nous avons demandé à des intervenants de venir témoigner sur leurs pratiques.

Les témoignages

Ladawen : Je vais vous parler de « mon BDSM » en 4 mots

Plaisir. Depuis petite deux choses m’ont attirée, les hommes qui souffrent beaucoup et qui à la fin se relèvent et en sortent plus grands. Et aussi les femmes attachées. Je me suis attachée avec des cordes de peignoir depuis mes huit ans jusqu’à l’adolescence. J’écrivais des scénarios érotiques. Dès mes premiers experiences sexuelles j’ai demandé à être attachée. Puis je suis restée cinq and avec le même homme mais il ne s’intéressait pas au BDSM. Après cette relation j’ai vécu des moments durs et j’ai cherché ce qui me donnait le plus de plaisir dans la vie. Je me suis intéressée vraiment au bdsm et les rencontres ont commencées. J’ai commencé des relations d’abord ou je n’étais que dom puis ou je n’étais que soumise. Et j’ai alterné.

Communication. Il faut des lieux de rencontre comme les sites et les munchs où on peut communiquer et rencontrer des gens. J’ai rencontré mon compagnon actuel sur le net. On switch depuis plus d’un an. On se découvre en tant que switch c’est presque du 50 / 50. C’est nouveau pour moi. La communication ça a aussi un rapport avec le mot switch. C’est le mot derrière lequel je mets le plus de choses. Primalité, envies d’esclavage, je passe d’une chose à l’autre, c’est l’évolution perpétuelle. Avec mon partenaire, on s’écrit sur un blog, on parle de nos expériences.

Sécurité. On teste des choses, on se venge en refaisant des choses que l’autre nous a fait subir. Quand on achète des choses on peut les utiliser tous les deux. On peut faire notre shopping ensemble. La sécurité affective est importante aussi. J’ai découvert la mienne en découvrant cette relation switch 50 / 50 qui me comble vraiment.

Jeu. Comment on passe d’un rôle à l’autre ? Nous on le voit comme un jeu, c’est un peu  « le premier qui se lance domine» Pour moi le jeu c’est sincère. Je fais du théâtre et pour moi le jeu c’est important. On n’est pas juste un personnage quand on joue on est nous-même.

En tant que switch je souffre un peu d’entendre « vous n’êtes pas tout à fait ci ou ça » Moi quand je vais en soirée en tant que Dom personne ne se dit « elle est soumise au fond » ou « elle est switch » personne se pose la question. Bref, vive les switchs !

Portier de jour :  Moi les relations que j’ai sont sans échange. Les rôles sont fixés pour la relation. Quand je vois une Dominante je reste soumis et quand je vois une soumise je reste dDminant avec elle. Je ne me considère pas comme 50 / 50 plutôt un 90 / 10 j’ai une grosse tendance à la soumission. J’envisage mes désirs comme un ensemble de fantasmes qu’on pourra ensuite classer dans la domination ou soumission. Mais même si je suis plutôt soumis j’ai des fantasmes de domination de temps en temps. Et face à moi en tant que dominant j’ai besoin d’avoir une personne très soumise, une brat ne conviendrait pas. Je fais aussi face à de l’incompréhension quand j’entends « vous n’êtes pas Dominant ni soumis vous devez choisir » Il ne devrait pas y avoir de concours de virilité pour savoir qui est Dom qui ne l’est pas. Si on a des fantasmes divers on doit pouvoir les assouvir sans se prendre la tête. De même que des bisexuels peuvent avoir ou pas une préférence pour l’un ou l’autre sexe et être libres de leurs désirs.

À la fois Dom et sub

Il faut expérimenter. En tant qu’homme aussi il faut s’autoriser à sortir du cadran homme dominant aussi.

Sharyar et Sheraz-de : On s’est présentés au KL il y a un petit moment, moi comme dom et elle comme soumise. Je ne dirais pas qu’on est switch mais il nous arrive de switcher sur des laps de temps. On est ensemble depuis 15 ans. Pendant 5 ans on a été vanille, la famille les enfants. Ensuite on a commencé pendant quelques années à switcher ponctuellement pour pimenter les choses. Ensuite pendant à peu près deux ans j’ai été sa soumise de plus en plus. Mais épisodiquement les rôles s’inversent et j’ai parfois envie aussi de dominer d’autres personnes. Quand on switch c’est prévu à l’avance et c’est sur un délai établi, on ne switch pas sur un claquement de doigts. Ça nous demande une préparation mentale et aussi pratique. On peut apprécier les deux rôles mais pas du tout à 50 / 50. L’échange de pouvoir est excitant, peu importe de quel côté on se trouve. Dire que je suis « soumise » ou « Dominante » ou « switch » ça ne m’intéresse pas je ne me réduis pas à ça je suis une personne et les autres m’inspirent des choses différentes de même que je leur inspire des choses différentes.

La discussion commune  

           

Comment convertir un(e) dom en switch ?

« Alors je dis « bon courage » mais je n’en ai pas la moindre idée. Je pense que je chercherais plutôt un vrai switch ».

« La personne va vouloir ou ne  pas vouloir mais on ne convertit pas quelqu’un comme ça ».

« Je connais des dom(e)s qui ont essayé la soumission et leur problème était le laisser-aller. Une bonne porte d’entrée pourrait être le Shibari. Quand on se sent en sécurité dans les cordes on peut se laisser partir ».

« Je n’ai pas de conseil aussi précis. Par contre un dominant en relation SM avec une autre personne depuis des années peut se découvrir un fantasme de soumission ou de masochisme qu’il voudra vivre juste avec cette personne là en qui il a confiance. J’ai entendu une anecdote d’un maître qui même dans une situation de masochisme se sentait toujours maître »

« Cette situation à un nom en anglais : « top from the bottom ». C’est quand le dominant se laisse soumettre par son soumis. Moi qui suis switch j’ai eu des demandes de dominants qui voulaient essayer de se soumettre à moi à un moment donné ».

« Je suis dom et il m’est arrivé de lui faire le cadeau de me soumettre pour un temps donné pour certaines pratiques sans que cela ne remette jamais en question nos rôles et comment on se perçoit dans notre relation. Je restais dom. C’est changer sans switcher ».

« Il existe une fêté française qui vient des romains : Une fois par an les romains changeaient de place avec leurs esclaves. Peut être que de changer une fois de rôle permet de se souvenir qu’on est bien là où on est » « C’est la galette des rois, celui qui tirait la fève devenait roi une semaine … avant d’être tué ! »

« Moi je suis dominant. J’ai toujours dis « si quelqu’un veut me dominer qu’il le fasse, je ne lui demande qu’un seule chose, qu’il garde le même sourire à la fin qu’au début ».

 

Le souminateur est-il un switch qui s’ignore ?

« Un souminateur est un soumis qui amène son dominant là où il veut qu’il aille »

« Cette question me parle car au début de notre relation on switchait et ça a commencé par ma soumission à elle. Comme elle n’avait pas réellement envie de dominer, elle réalisait mes fantasmes d’être dominé ».

« De ce que j’ai entendu, le souminateur ne veut pas vraiment être le dominant, il veut faire comprendre ce qu’il aime ou non et amener l’autre sur ce qu’il veut. C’est plutôt quelqu’un qui sait ce qu’il veut pas spécialement un dominant ».

« Je suis nouveau j’ai une question subsidiaire : les soumis sont soumis car ils aiment ça alors ne sont ils pas tous un peu souminateurs »?

« Je crois qu’il y a un amalgame. Il n’y a pas de « pouvoir sur » c’est risquer un dérapage de dire ça. Il y a un pouvoir « pour », qu’on a ensemble. On n’est pas là sur un égocentrisme, un « moi je » on va prendre son plaisir dans l’autre quelque soit sa position. La grande difficulté est de toujours réfléchir à nous et de cesser de réfléchir à je. La personne soumise va penser à la personne dominant et inversement ».

« Pour moi la soumination est péjorative. Le souminateur est celui qui force l’autre mais pas ouvertement et hors du cadre convenu. C’est malhonnête ».

 

Y a-t-il plus de personnes qui commencent comme dominants ou soumis puis deviennent switch ? Ou des personnes qui sont switch dès leur découverte du BDSM 

« Je ne suis pas sure qu’on ait des statistiques. J’ai tendance à penser aussi qu’on évolue tous dans la vie ».

« Je suis switch. Adolescent j’ai eu pas mal de fantasmes fétichistes. Il me semblait plus simple d’assouvir ces fantasmes en tant que soumis sans qu’être soumis soit mon but au départ. Un jour j’ai dominé et j’ai adoré ça. Maintenant j’aime les deux et je suis soumis et dominant ».

« Au début j’étais soumis, quand je regardais du porno je voulais être à la place de la personne soumise. Plus tard j’ai eu envie d’essayer l’inverse. J’ai entendu plus souvent des personnes qui ont commencé par le versant soumis.

« Pour moi les deux ont toujours été très présents à valeur égale, fantasmes de soumission et de domination ».

« Moi je débarque complètement et je ne sais pas par quelle porte entrer, par où commencer. Je n’ai pas l’impression d’être l’un ou l’autre ni même d’être à ma place ici je découvre. Même le « BDSM test » en ligne part dans tous les sens.

 

Comment pensez-vous qu’il soit possible de concilier le switch dans une relation H24 ? Bien plus facile à envisager dans le seul cadre du jeu ?

« Simplement par le jeu peut être. Si on considère qu’on joue on peut facilement changer de rôle ».

« Ça m’évoque une question, est ce que les gens qui sont dans une relation D.s H24 se considèrent dans un jeu ? J’imagine ça plutôt comme quelque chose de très sérieux quand j’y pense »

« J’ai pratiqué la soumission pendant dix ans et il y a un peu plus d’un an j’ai basculé dominante avec une période de transition ou je vivais les deux. Je n’ai pas réussi à trouver l’équilibre que peuvent avoir les switch. J’ai mal vécu de me découvrir dominante, je n’arrivais plus du tout à me soumettre. Je n’ai rien contre les switchs on est tous différent. Pour moi c’était trop difficile ».

« Chez nous il y a le quotidien et le bdsm. Quand on switch sur un weekend, je me frotte les mains d’avance, je me venge, je pense à un tas de trucs très très fun. Des fois il dit qu’il me laisse la main mais il fait la « brat« , des fois il me la laisse vraiment et c’est merveilleux. C’est délicieux d’arriver a lui faire ressentir toute la palette de ce que je peux ressentir à sa place d’habitude. Je trouve la domination épuisante, on est toujours en éveil, toujours attentif à l’autre en plus de la préparation. Alors j’aime que ces moments délicieux soient éphémères. Je ne conçois pas de me soumettre à un autre que lui, si je joue avec une autre personne ce sera en tant que dominante ». « Une précision, quand elle me domine et que je ris ce n’est pas une volonté d’être brat c’est que c’est difficile de lâcher prise ce n’était pas des réactions volontaires ».

« Quand on « switch » ponctuellement chez nous aussi c’est une parenthèse qui ne va pas changer la relation fondamentale. On joue, on s’extrait de la réalité pour vivre autre chose ».

« l y a des termes anglais qui sont le « gaming » et le « playing ». Ceux qui font du jeu ponctuel. Ceux qui vivent, il y a un avant un pendant et un après. Les choses rebondissent les unes sur les autres, on laisse mâturer. C’est un voyage. Quand je rentre dans une pratique, une « séance » je l’emmène dans un voyage durant lequel je ne peux pas la lâcher. Je suis la seule personne qui peut la ramener dans la réalité et si je me rate il peut y avoir des conséquences sur elle. Elle n’a plus conscience du temps. On commence tous par du jeu mais il ne faut faire que ce qu’on maîtrise et on ne doit pas oublier les protections et la sécurité ».

« Je viens questionner un présupposé de la question, comment passer de temps courts de switching à des temps longs de switching ça présuppose d’un couple. Je propose comme solution possible de sortir de la monogamie ».


 

Est-ce que ça marche deux switch à majorité dominant ?

« Je pense que oui de même que deux dominants tout court peuvent s’entendre ».

« Je suis dom et il est arrivé qu’on me propose de dominer deux personnes à la fois ou de dominer avec un autre dominant ».

« En tous cas avec deux subs ça marche très bien ».

« Je pense qu’un couple de dom est possible tant qu’il y a assez de communication entre eux plus qu’une question de lâcher-prise. L’entente et le plaisir de chacun prédomine » « Je suis en couple vanille avec une autre dom. L’un comme l’autre on ne souhaite pas switcher. Dans notre cas c’est impossible. Oui la communication est au centre de l’exercice, à la fois entre nous et avec la personne qu’on domine ».

« Un mot est revenu beaucoup ce soir, la communication. L’important c’est pas ce que je dis l’important c’est ce qu’elle comprend ».

 

 Switch ou « Evolving », même combat ?

« Je penser que ça fait référence aux rôles des profils Fetlife. Est-ce que le switch est en évolution permanente ? Dans mon cas oui, sans aucune barrière. Mais peut-être que le terme switch va plus loin que dom et soumis et passer de l’un à l’autre ».

« Evolving c’est noble c’est bien d’évoluer et d’un autre coté ça a la connotation « qui se cherche » Du coup est ce que switch c’est quelqu’un qui se cherche ? Je ne crois pas non on n’est pas switch en attendant de trouver si on est soumis ou dominant ».

« Pour moi « evolving » se cherche effectivement et switch est un rôle établi ».

 

Tout le monde n’est-il pas switch ?

« Je ne pense pas. Des gens sont très clairs sur leur non envie d’expérimenter autre chose »

« J’ai peu d’expérience et rien que ce soir je vois que des gens sont clairement dominants ou soumis dans leur façon de se présenter et c’est cool restez comme vous êtes ! »

 

Peut-on switcher avec une personne qui se dit non switch ?

« Quand on parle de switcher on parle de soi-même alors la personne en face c’est indifférent qu’elle switch ou non elle peut rester comme elle est ».

« Je pense qu’il faut prendre en compte le contexte. Je suis soumise mais il m’est arrivé de changer avec des femmes en fonctions de ce qu’elles m’évoquent. Il y a toujours une possibilité de switcher sans changer fondamentalement le rôle qu’on se donne. »

Moi à vous entendre en tant que switch, vous switchez mais vous n’assumez pas. Je peux me tromper mais quand on vit un rôle et l’autre on est switch ».

« Je pense qu’il faut distinguer son caractère et ce qu’on veut faire. Je peux être un peu caractérielle pourtant je suis très soumise ».

« Je suis bien dans la domination. Je peux parler de mon passé je ne l’ai jamais été, je sais qu’aujourd’hui je ne le suis pas mais je ne peux pas dire avec certitude que je ne me soumettrai jamais même si la tendance me fait présupposer que non ».

« Dans la sexualité on se dit bisexuel ou on peut dire « je préfère les femmes mais on peut me convaincre » puis ils se disent « flexibles » Ne peut-on pas imaginer un statut de « suboflexible » par exemple ? ».

 

N’hésitez pas à commenter cet article et à partager votre expérience de ou avec des personnes switchs


Le prochain Kinky Lab aura lieu le vendredi 9 Juin 2017 au bar La MéduZe 26 Rue Sergent Blandan à Lyon

 

 

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