Kinky Lab N° 13 – B, D/s et S&M

Les propos ci-dessous, sont anonymes et issus d’échanges en public. Ils ont été recueillis lors du Kinky Lab – Munch à Thème N° 13 qui a eu lieu le 7 Juillet 2017 à Lyon.

Bondage et discipline, domination et soumission, sado-masochisme

Chacun était libre de s’exprimer en écrivant sa pensée sur des morceaux de papier, rassemblés, lus et débattus par toute l’assemblée. Les questions sont reportées ci-dessous en bleu, les réponses retranscrites de la façon la plus neutre possible.

En préambules au débat notre hôte de la soirée, Angesoum nous fait ses recommandations pour le bon déroulement du débat :

  • Aucune intervention n’a plus de valeur qu’une autre
  • On ne se coupe pas la parole
  • On ne juge pas
  • On doit éviter les ping pong et les généralités
  • Les échanges doivent évoluer (on ne redit pas ce qui s’est dit, on fait évoluer le débat).
  • Le but n’est pas de convaincre

 

Quels sont les outils pour imposer une domination psychologique à distance ?

« Il arrive qu’on soit séparés de temps en temps et il arrive que je donne des missions a remplir à ma soumise, par exemple des photos à prendre. On utilise les smartphones, vive les années 2010. »

« J’utilise des sms, mails, photos, tous les moyens mis à ma disposition. Avec une relation sur le long terme on peut utiliser le courrier. J’ai vécu cela en position de soumise. Au bout d’un moment je trouve que ça devient lassant ces relations à distance, qu’on tourne en rond. »

« On parle de moyens, mais qu’est-ce qu’on en fait ? Il arrive qu’elle soit au restaurant et je lui demande de m’envoyer la carte et choisis pour elle, par exemple. »

« On peut avoir une emprise au quotidien, donner des ordres. Sur la distance il est compliqué de s’assurer que ce qu’on demande est fait en face. »

« Le rythme est capital, gérer ses présences et ses absences. Eviter la routine, surprendre pour assurer son ascendant. »

« Je suis soumise, j’ai dû demander la permission de venir ici ce soir et en rentrant je lui ferai un compte rendu. J’ai des contraintes et des limites. Je n’ai pas de preuve à lui donner en retour, il sait que si je ne fais pas quelque chose je vais le lui dire. »

« Il y a la distance kilométrique et la distance temporelle. Si on ne se voit pas une semaine je veux une semaine de compte rendu. Si on ne se voit pas quatre mois je ne vais pas demander quatre mois de compte rendu. C’est trop lassant il faut trouver autre chose, être joueur. Il faut s’adapter au contexte. »

« La distance c’est du virtuel, alors au final les preuves on s’en moque. On profite du fantasme. »

« J’ai vécu une relation où j’avais des points positifs et des points négatifs selon mon comportement. Dans une boite je mettais des papiers avec mes points positifs (récompenses) et négatifs (punitions) et quand on se voyait je tirais un papier et c’était la surprise ! »

« Nous on domine à deux et on n’aime pas trop les relations virtuelles mais on a déjà été séparés de notre soumise. On a utilisé un carnet de liaison. On a déjà eu sur notre ordinateur des photos de la garde robe de notre soumise pour choisir ce qu’elle allait porter le matin. En décembre aussi on s’est filmés et on a envoyé un calendrier de l’avent vidéo à notre soumise. Elle recevait chaque soir une vidéo de nous avec un devoir à faire ou une surprise. »

« J’ai également utiliser un carnet avec ma soumise. Sous une forme de journal intime dans lequel elle écrivait de façon assez libre mais les fautes d’orthographe n’étaient pas tolérées. L’objet fait un souvenir à conserver. »

BDSM et sexe, dissociables ?

« Pour moi non. Avec B D S et M on peut mêler du sexe. Le sexe c’est du plaisir. Pour moi c’est indissociable mais pas obligatoire. »

« C’est disociable, je travaille beaucoup sur la frustration quand je domine. IL y a rarement du sexe et je travaille autour de ça… du coup on peut aussi dire que c’est tres sexuel ! Arf »

« Je peux dominer sans intention sexuelle mais j’en ai pas forcément envie »

« Pour nous il y a pas forcément de sexe mais quelles que soient les pratiques on entre dans l’intimité de l’autre. Il y a beaucoup de sensualité mais pas forcément de sexualité. L’énergie sexuelle entre clairement en jeu et nous motive. »

« Oui c’est dissociable ça s’appelle une punition ! »

« Fouetter gratuitement c’est sans intérêt, on peut rien faire sans lien mental, sans connexion, sans envie. »

« Peut on dissocier le sexe d’une activité humaine qui convoque l’intime ? non qu’on le veuille ou non. Quand on parle de désir on parle de sexe et ce n’est pas un gros mot. »

« Ca m’excite c’est pour ça que je pratique, alors non ce n’est pas dissociable. Par contre les sentiments sont dissociables du sexe et du bdsm, ce qui n’empêche pas la complicité la confiance et le respect. Des sentiments amoureux pas forcément. »

« Pareil je pratique parce que ça m’excite alors s’il n’y a pas de sexe derrière c’est trop frustrant et inintéressant pour moi. Mais c’est possible sans amour oui. »

« On a souligné qu’il fallait un lien. En ce qui me concerne il faut que l’autre me motive. Et ça peut prendre plusieurs formes. Mais l’activité sexuelle pure n’a pas forcément lieu d’être dans le moment qu’on partage. »

« BDSM sans sexe, sexe sans bdsm ? C’est comme une levrette sans fessée non ? On peut décoreler les choses mais elles sont meilleures ensemble. »

« Ca me rappelle un débat précédent ou on différenciait sexe et génitalité. C’est toujours sexuel mais pas forcément génital le BDSM. Après une séance de fouet ou on a reçu plein d’endorphines on n’a pas forcément besoin d’un orgasme clitoridien derrière. »

« J’aime me sentir soutenue, heureuse et apaisée, je peux me blottir à ses pieds comme un petit chien et me sentir soutenue et bien. Je n’ai pas forcément besoin de sexe pour que ce soit aboutit »

« Je rejoins beaucoup cet avis. Je vis ma pratique comme une recherche de sensations. Peu importe si c’est physique ou un état psychologique fort. Mais la génitalité est une chose parmi d’autres pas la finalité »

Fesse de femme et marques, bleus.

Jusqu’où faire mal ?

« Jusqu’à la perte de connaissance ? Certainement pas. Il est supposé y avoir un mot de sécurité et la personne qui subit est en devoir de l’utiliser au besoin. Moi je donne et ma limite est plus difficile à atteindre. Voir pleurer par exemple ça me motive encore plus. Alors je pense que c’est vraiment à la personne qui subit de dire quand c’est trop. »

« Faire mal c’est quoi ? La douleur c’est mon plaisir. Si mon dominant ne m’arrête pas pour mon propre bien parfois je me mettrais trop en danger. Alors c’est compliqué. Dans une pièce trop froide mon seuil de douleur descend fortement je souffre beaucoup. Tout ça est subjectif « jusqu’ou peut-on faire mal ? »

« Je trouve dangereux de laisser la responsabilité de la limite à la personne soumise. A un moment donné elle peut lâcher, être partie loin et ne plus être en mesure de dire stop. Ceci dit je comprends qu’il faut une communication, un feed back avec son partenaire. »

« Jusqu’où faire mal c’est jusqu’où on reste ensemble. Ma seule limite c’est l’intégrité physique et mentale. Quand l’un des deux partenaires décroche on s’arrête. Ca peut être au premier coup de fouet ou après une longue séance. Quand on est plus ensemble (dialogue verbal, postural, lien investit et pas mécanique) on doit arrêter. C’est assez subtil en fait. Pour moi, l’expérience bdsm est forcement sensuelle, c’est un dialogue de chaque instant nourrit par le regard, les reactions. »

« Un dominant c’est un peu comme un anesthésiste. Endormir quelqu’un tout le monde peut le faire, on est pas tous capables de le reveiller. Quand on se retrouve avec une personne inanimée on doit savoir réagir. J’ai été en situation de ramener quelqu’un qui aurait pu y rester. »

« Quand j’étais petit on m’a expliquer que skier c’est contrôler sa chute. La pratique du bdsm c’est le même, on contrôle, on choisit sa vitesse, on doit rester concentré et connaitre les risques. »

« On a beaucoup parlé du mal physique. Sur bdsm.fr je lis beaucoup d’articles de soumis tombés au 36eme dessous. Qui ont été détruits psychologiquement. Se sont fait claquer la porte au nez et renvoyés pour être arrivés 5min en retard après avoir fait des centaines de km, et d’autres abus… »

« Quelle que soit la pratique il faut un after care, redescendre. »

« C’est mon premier KL. On parle de la douleur et de la limite. En tant que soumise utiliser mon safe word est un échec. Un bon maitre va s’arrêter deux poils avant mon safe word plutôt qu’un poil trop tard. On peut aller loin dans la douleur mais je dois pouvoir faire confiance à mon dominant et savoir qu’il ne va pas me mettre en échec. »

« Pour moi le safeword n’est pas un échec. Il n’y a pas deux séances qui sont identiques et d’une séance a l’autre le même chose peut ne pas être vécue de la même façon. C’est une sécurité de pouvoir avoir confiance dans le fait que le mot sera dit au besoin. En outre je ne conçois pas le fait d’arriver en retard et de se faire refouler comme un problème du moment que c’est une valeur partagée par le couple. Si ça fait partie de leur protocole. Par contre si l’attente n’est pas la même aux deux niveaux on est dans quelque chose de malsain en effet. »

« C’est plaisant de faire un don de douleur, c’est un plaisir de recevoir la douleur. Si la séance doit s’arrêter elle s’arrête, on a passé un bon moment et voilà. La violence psychologique gratuite est inadmissible. Par contre elle peut être l’objet d’une part du protocole consentie par les deux et là être recevable. »

« Pour moi c’est un problème de dire que si c’est le protocole on peut se permettre une relation abusive. Il faut pas se tromper, on est dans un milieu ou des gens importent une culture du viol et n’en sont même pas forcement conscients et se laissent aller. Des gens ne sont dans le bdsm que pour assouvir leurs passions égoïstes. »
Quelle est la limite de la vie BDSM dans la vie de tous les jours ?

« Je comprends la question comme « Quelle est la place du bdsm dans le quotidien ». Moi je n’envisage pas une relation h24. Je suis switch à tendance soumis. Je n’envisage pas de perdre mes libertés à long terme même si j’aime ça sur une session. Je ne veux pas que le bdsm empiète sur ma vie sociale à long terme. Je suis pas sur que ce soit positif de vivre ça en continu, dans tous les aspects de sa vie. »

« J’aime bien cette question. Je rejoins l’intervention précédente. Le SM m’intéresse plus que le DM. J’aime etre en mode jeu et y aller a fond, certainement plus encore que si c’était dans ma vie de tous les jours. Je trouve sympa de le limiter dans le temps en y étant à 100% puis de replonger dans sa vie de tous les jours. »

« Je suis nouveau. Quand j’entend limite je pense à la sécurité de la soumise. Respecter sa vie sociale et familiale, sa vie professionnelle. Ne pas la mettre en porte à faux et conserver le secret pour pas qu’elle soit jugée. Je ne laisse pas de choses visibles. »

« Ca dépend du milieu dans lequel on évolue. Je suis dans la musique et quand j’en parle dans mon milieu je ne choque personne. La limite vient surtout de là. On n’a pas toujours une image à conserver pour conserver sa place sociale. Et ça ne me plairait pas de vivre caché, je trouve ça malsain de cloisonner complètement cet aspect de sa vie. »

« Je suis soumise. J’ai une autre limite, la peur de la lassitude et de la routine. On vit des choses fortes et il faut leur garder ce coté extraordinaire pour qu’elles le restent. Je veux être surprise et je ne veux pas d’une relation tiède. C’est bien d’avoir des séances particulières dans un monde alternatif et ne pas mélanger les deux. »

« Je crois que c’est plus facile d’exposer sa position sa sexualité quand on est dominant. Je suis soumise et quand j’ai des marques je dois trouver quelque chose à dire, quand je dois m’éclipser toutes les dix min pour poster une photo ou porter une jupe quand il fait froid etc… et assumer tout ça. »

« C’est aussi difficile pour le dominant de toujours se dépasser et de toujours surprendre. Il faut aller un petit peu plus loin que ses limites pour que ça reste fort. Une séance c’est bien, une session ça peut aussi par exemple durer trois jours. Un weekend prolongé c’est l’occasion pour tous de se dépasser et de vivre des choses intéressantes. »

Une femme nue tenue en laisse par une main d'homme boit dans une fontaine

 

Quelle place pour la domination verbale ?

« Il y a forcément un moment ou on nous donne un ordre et la voix devient quelque chose d’important. »

« Il peut y avoir des restrictions de paroles, des mots interdits, ça peut etre un vrai challenge. J’ai eu un maitre qui m’interdisait de dire non. C’est un mot qui est automatique, il faut trouver des périphrases c’est difficile . Mais c’est dangereux aussi parce qu’à force de ne pas le dire le non n’existait plus meme dans ma tete et j’ai surement fais des choses que je n’aurais pas acceptées normalement. »

 

Connaissez-vous votre proportion de B, de D, de S et de M ?

« J’aime le fond de la question , on a tous des tendances vers l’un ou l’autre. On peut imaginer un camembert graphique. Par exemple quand on fait le BDSM test on voit des chiffres c’est amusant à voir. Après on peut aussi se connaitre très bien et ne pas avoir besoin de faire le test. »

« Les proportions ne sont pas excluantes, on peut être dominant et soumis par exemple. Alors j’aime pas l’image du camembert qui distribue les 100% et les répartie. »

« Je suis swich alors je suis ok pour ne pas parler en terme de camembert. J’aime dominer et être dominée et les deux me font kiffer grave. Je ne ressens pas d’intérêt plus qu’esthétique aux cordes. Je sais je vais me faire des ennemis… »

« Les limites sont poreuses c’est pas évident. Le séminawa c’est des cordes et de la torture, etc… Bref. Je suis un dom parce que je suis un douillet comme tous les doms »

« Quand on apprend à foueter on commence par se faire mal ! Pour moi la proportion de BDSM c’est un beau bordel. Je vis les choses sur le moment, sur des périodes. »

 

Bondage, cela signifie « liens » ou sans matériel, mais aussi humain et affectif ?

« Je suis switch. Quand je pense bondage je pense en effet aux liens avec les personnes. Je lâche vraiment prise dans les cordes et j’ai fais une très belle rencontre grâce au bondage. »

« Lorsqu’on détache une personne, il y a un vide qui se créé. Le lien mais aussi la présence du dom est importante. Les tensions sont importantes et représentent vraiment ce lien. »

« Je pensais qu’il y aurait plus de puristes ! Bondage, shibari, c’est pas la même chose. Mais au fond le résultat est le même, on se fait plaisir. »

« J’en profite pour faire la blague ; le bondage c’est des cordes hein les chaines ça sert à rien (troll) »

« J’ai l’impression que le shibari est un sous ensemble du bondage qui serait que le fait d’attacher, je me trompe ? »

« Le shibari est une tradition fin vingtième, du japon. C’est une façon militaire d’attacher. Le bondage est une technique vraiment américaine plutôt à une seule corde. Rarement avec suspension. Elle a été connue avec john willis qui lui a donné ses lettres de noblesse avec Gwendoline dans les années 30, alors c’est plus ou moins de la même époque. »

« Pour moi le B même si c’est communément admis que c’est Bondage pour moi c’est aussi Bond le lien tout simplement. »

« On m’a attachée en mode BAM BAM, prise d’otage, violent, c’est pas forcément un lien des cordes c’est des sensations, de la douleur ça peut être de la haine (toute proportion gardée) Pour moi la sensation peut etre négative, meme si au final on a adoré et on est ravi après. »

« On n’a pas besoin de corde pour créer un lien, ni meme pour faire du BDSM ; par contre je ne m’imagine pas une seconde vivre une relation bdsm sans un lien psychologique.

 

N’hésitez pas à enrichir cet article en le commentant pour apporter votre propre expérience.


Le prochain Kinky Lab aura lieu le vendredi 15 septembre 2017 au bar La MéduZe 26 Rue Sergent Blandan à Lyon

 

 

 

 

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