BDSM et parentalité

Pour préparer cet article, j’ai imaginé un instant ce que ferait Christian Grey si il avait eu des enfants. Je pense qu’il les aurait certainement envoyés dans une pension privée (au hasard en Suisse) après les avoirs équipés d’une puce GPS pour pouvoir les suivre à la trace et contrôler leur moindre faits et gestes. Nul problème pour recevoir Anastasia sans être obligé le moins du monde d’expliquer à sa progéniture en quoi consiste ses penchants. Mais tout ça n’est que supposition, puisque dans l’œuvre de E.L.James, Anastasia et Christian se marient, ont des enfants, arrêtent le SM et vont tous ensemble se promener dans la campagne…. D’une manière ou d’une autre la parentalité n’a pas de place dans ce livre ni d’ailleurs dans l’esprit de James. Mais c’est loin d’être le cas dans la vrai vie. D’une façon ou d’une autre la plupart des gens continuent à pratiquer après la naissance de leurs enfants, et je pense que BDSM et parentalité sont heureusement tout à fait conciliables.

BDSM et parentalité

L’enjeu est de normaliser pour nos enfants des pratiques jugées anormales, amorales et dégradantes par notre société sans toutefois banaliser les abus (Ce qui est déjà compliqué dans un milieu d’adultes). Il faut donc leur ouvrir l’esprit sur d’autres possibles en matières d’échange de pouvoir, de genre et de sexualité. Le risque pour des esprits en pleine construction (et abreuvés de discours judéo-chrétien et de slogans de Disney tels que «Ils se marièrent vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants), c’est qu’ils fassent les choses sans les comprendre, sans les maîtriser et sans se maîtriser eux-même. Le risque c’est qu’ils adoptent des conduites vraiment amorales, cruelles et dégradantes.

Nous n’avons pas à avoir honte de ce que l’on fait. Et nos enfants ne devraient pas à en avoir honte non plus. Ce qui différencie nos pratiques hors normes des relations abusives, c’est qu’elles se passent entre personnes consentantes. Que le plaisir est partagé, que les deux participants y trouvent leur compte, même si à première vue ce genre de relation semble déséquilibrée et malsaine. D’autre part et dans une certaine mesure la sexualité des parents ne devrait pas être aussi tabou qu’elle peut l’être : Nos parents ont forcément fait l’amour, ont forcément des désirs. Mais, alors que nous « tombions » (sans les chercher bien sûr) sur des romans du « divin marquis » ou des cassettes vidéos de Emmanuelle, nos chères têtes blonde trouveront tôt ou tard notre collection de martinets. Ils ont déjà remarqué que nos livres coquins traitaient plutôt de l’art du bondage japonais, et passent tout les jour devant un tableau kirigami en A3 de suspension…

Pour éviter les malentendus, les incompréhensions et les fantasmes, rien de mieux que de parler avec ses enfants. Ca n’est d’ailleurs pas réservé au domaine du sexe ou du SM, je pense qu’il est bon de cultiver le dialogue avec sa descendance. Il y a même des âges où il est beaucoup plus facile de le faire que d’autre : les enfants (avant 10 ou 11 ans), même s’ils prennent déjà du plaisir à se masturber n’ont pas d’intérêt dans le sexe à proprement parler. On peut en parler avec eux, ils seront réceptifs, pas encore impliqués comme le sont les pré-adolescents (de 11 à 14 ans). Les adolescents sont eux trop concernés pour s’ouvrir à leur parents. A mon sens il ne faut donc pas attendre que les enfants soient trop grand au risque d’avoir de plus grandes difficultés à aborder certaines questions.

Il est même indispensable de parler aux enfants à une époque où ils ont très jeunes accès à internet et à la pornographie. Les vidéos SM sur Internet sont souvent du SM hard, hétéro-normés, souvent basé sur la dégradation et l’humiliation de la femme. C’est donc cette représentation du SM qu’ils auront et cette représentation du SM qu’ils reporteront sur nos pratiques (loin d’imaginer que c’est maman qui mets son poing dans l’anus de papa et que ce dernier y prend beaucoup de plaisir). Les adultes « vanilles » ont du mal à comprendre ce qu’on fait. Les enfants qui ont encore une vision « neuve » des choses n’ont pas les même préjugés et sont donc certainement plus aptes à comprendre la réalité des choses.

Je pense également qu’il vaut mieux parler « du SM » plutôt que « de son SM ». Il s’agira plus de parler de cas généraux que de situations particulières. Leur dire que le respect est la première des règles dans une relation. Que dans toutes les relations, (qu’elles soient vanille ou SM) il y a des échanges de pouvoir, qu’il faut savoir dire non … la beauté de tout cela c’est que ça ne concerne pas que les relations BDSM, mais toutes les relations. Pour autant il ne faut pas trop en dire. Ca ne doit pas conduire à les forcer à savoir ou à voir. On doit considérer les enfants comme des personnes qui peuvent entendre et comprendre les choses, mais ça n’en reste pas moins des enfants et parfois, comme toute autre personne, ils n’ont pas envie.

La communication est primordiale que ce soit dans la vie de tous les jours, au sein du couple, ou avec ses enfants. Je ne dis pas qu’il faut tout dire ou tout montrer, mais on ne peut pas éduquer nos enfants en les laissant fantsasmer sur des penchants que notre société juge déviants. Et ça n’apporte rien de leur mentir pour qu’un beau jour ils découvrent la vérité. L’idée n’est pas d’aller en club avec eux ou à les faire participer à une soirée kinky à la maison mais (selon leur age, et leur degrés de compréhension des choses) que de pouvoir leur dire « je vais à un munch » semble aussi naturel pour eux que de dire « je vais boire un verre en terrasse avec des amis ». Et ça tombe bien, parce qu’en réalité c’est souvent un peu la même choses 😉

Dites nous en commentaires si vous êtes parents et comment est ce que ça se passe avec vos enfants !

Un commentaire

  • Bonjour,

    Étant moi-même maman, j’ai trouvé cet article très intéressant.

    Notre rôle premier est de faire grandir notre enfant sans lui imposer notre façon de vivre. Personnellement je souhaite qu’il intègre ces valeurs essentielles à la relation homme/femme à savoir le respect, l’écoute, le partage et savoir qu’on ne lève jamais la main sur une femme, je parle bien entendu ici de violence conjugale ou vu son âge de la compréhension qu’un garçon est plus « fort » qu’une fille et qu’il ne peut donc pas se « bagarrer » comme il pourrait le faire avec un camarade.

    Même si nous sommes parfois amusés de ses remarques ou goûts, je souhaite ainsi qu’il commence sa vie amoureuse de façon vanille et s’il venait à choisir (je me projette un peu loin) un autre mode de relation c’est parce que cela fera partie de lui et non pas pour reproduire la relation de ses parents qu’il aurait intégré comme modèle.

    Nous nous permettons certaines choses devant lui comme être agenouillée, la façon de saluer ou servir son papa dans la mesure où il n’y a rien de sexuel ni d’immoral à ça et si ça le chiffonne trop, nous faisons une pause ou nous abandonnons l’idée (comme le vouvoiement par exemple qui malgré des explications n’est pas passée).

    La communication dont vous parlez est en effet importante, répondre plutôt que de fantasmer une explication, néanmoins pas si évidente à mettre en place, cela dépend peut être de l’âge de l’enfant ou de notre manque d’aisance pour lui en parler.

    Bon week-end,
    Anaëlle

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