Kinky Lab N° 14 – fantasmes et réalité

Les propos ci-dessous, sont anonymes et issus d’échanges en public. Ils ont été recueillis lors du Kinky Lab – Munch à Thème N° 14 qui a eu lieu le 15 Septembre 2017 à Lyon.

Fantasmes et réalité

Chacun était libre de s’exprimer en écrivant sa pensée sur des morceaux de papier, rassemblés, lus et débattus par toute l’assemblée. Les questions sont reportées ci-dessous en bleu, les réponses retranscrites de la façon la plus neutre. Les règles de la soirée sont les suivantes :

  • Aucune intervention n’a plus de valeur qu’une autre
  • On ne se coupe pas la parole
  • On ne juge pas
  • On doit éviter les ping pong et les généralités
  • Les échanges doivent évoluer (on ne redit pas ce qui s’est dit, on fait évoluer le débat).
  • Le but n’est pas de convaincre

Jusqu’où va la responsabilité du dom en cas de réalisation de fantasmes émotionnellement délicat (viol, violence pendant l’enfance) ?

« Le dom est toujours responsable de toute façon. Sans vouloir faire de généralité, beaucoup de soumis ont eu des problèmes dans leur enfance. Un soumis ne va pas vers un Dom par hasard. Ils se rencontrent pour un besoin, peu importe ce qu’il y a derrière et chacun va « pianoter » jusqu’à trouver son équilibre. L’un donne son corps et sa psyché à l’autre et l’autre doit le gérer en bonne intelligence. Le fantasme est né de quelque chose forcément. Mais le dom n’a pas une fonction thérapeutique. Il accompagne l’autre dans son fantasme sans pour autant le guérir d’un traumatisme. On a toujours le risque de se heurter au passé de la personne. »

« C’est pas le ou la dom qui a la responsabilité pleine et entière de ce qui se passe. La personne soumise devrait être capable de dire pourquoi ce fantasme l’attire, ce qu’il peut lui apporter, donner des clés pour que le dom puisse anticiper que ça peut se passer mal. Le dom a le droit de dire non. Quand on vit son fantasme on en est acteur même si on est soumis. »

« Je veux parler de psycho. Différencier fantasme et imagination. Les fantasmes sont les choses qui ne peuvent pas se réaliser. L’imagination c’est des choses vers lesquelles ont tend, qu’on peut faire. Il peut être dangereux d’aller sur ses fantasmes, mais les imaginations oui on peut les explorer. »

Peut-on être déçu de la réalisation d’un fantasme ?

« Bin oui ! »

« Je pense que j’ai assouvi la plupart de mes fantasmes et je n’ai jamais été déçue. Il y a bien sur des attentes plus fortes que la réalité des choses, mais pas de là à être déçue. Mes fantasmes sont très chouettes ! On a bien sur tendance à idéaliser les choses et on peut se rendre compte qu’en réalité c’est pas notre truc. »

« On a une envie dans la tête. On idéalise l’action. On peut avoir tous les fantasmes du monde, c’est la manière dont on le réalise qui compte. On ne peut pas être déçu de l’acte en lui-même mais de la façon dont on l’a réalisé. »

« On peut imaginer les choses mais pas les sensations et les émotions si on ne les a jamais ressenti. On peut donc être déçu par la sensation même si on ne l’est pas par l’acte en lui-même. »

« Je pense qu’on peut aussi être déçu car on réalise son fantasme avec une autre personne et même quand on en a parlé longtemps ensemble avant de le vivre, on peut avoir l’impression d’avoir envie de la même chose et de fantasmer sur la même chose alors qu’en réalité on n’est pas en phase. Ca peut créer des malentendus, des divergences. »

« On peut être déçu parce que ça ne se passe pas comme prévu. Tout de même ça nous apporte toujours quelque chose. Même si ce n’est que le fait de savoir qu’on n’y passera pas plus. »

« Quand on parle de fantasme c’est aussi quelque chose qui est dans la tête et on ne peut pas toujours mettre des mots sur tous ces ressentis. Il y a une histoire d’organisation et de gens avec qui vivre les choses. Mais c’est aussi beaucoup d’impalpable, de ressenti. »

Quand la personne a un fantasme très élaboré, est ce que c’est de la responsabilité du dom ?

« Je ne pense pas. Dans un fantasme on est tout seul. On peut en partager mais c’est avant tout un truc qu’on a élaboré dans sa tête. Je doute qu’on puisse réaliser vraiment le fantasme d’une autre personne. Et tant mieux car mon fantasme m’appartient et n’appartient à personne d’autre. Un fantasme c’est un cheminement vers quelque chose et pas un acte. On est changeant. Même si on a cheminé un fantasme, toujours de la même manière, il peut être amené à changer. »

 » Oui c’est absolument la responsabilité de ma maitresse de réaliser un fantasme si tenté que j’en avais un. Je m’interroge sur la définition d’un fantasme. Si c’est une très forte envie de réaliser un scénario, en temps que soumise, je le soumettrai à ma maitresse. Il serait de son devoir de dominante de le réaliser car son engagement est de me pousser encore plus loin dans ce que je suis appelée à devenir. C’est peut-être son seul devoir envers moi. Je sui là pour elle en tout et pour ses fantasmes a elle, mais j’attends qu’elle m’amène à me dépasser. »

« Si l’essentiel du fantasme est le cheminement personnel alors la personne soumise en est responsable car il va d’abord se faire dans sa tête à elle. »

Témoignage : »Une personne recommandée par une autre personne est venue me voir car elle voulait être marquée au fer rouge. Trois mois plus tard le moment tant attendu arrive, la lettre B est dans le feu et à minuit on devait le faire. Je devais l’avertir avant de le faire. Quand est arrivé minuit j’ai approché le fer, j’ai fais ressentir la chaleur en approchant en lui demandant plusieurs fois si elle voulait encore le faire. Elle a accepté. Elle est ensuite allé voir son branding dans un miroir et n’a pas vu sa marque. En réalité j’ai utilisé une cuillère à soupe congelée. Je lui ai demandé si elle voulait aller jusqu’au bout, elle m’a répondu « non merci j’ai vécu ce que je voulais vivre » Je trouvais que ce n’était pas un fantasme a réaliser, qu’elle aurait à vivre avec. Le cheminement a beaucoup plus d’importance que l’acte en lui-même. Souvent c’est le cheminement qui nous déçoit. Je suis pour que les dominants fassent parfois du BDSM clinique. On prévoit un axe et on s’adapte à ce qui se passe en temps réel au lieu de suivre un scénario pré établi à la lettre en oubliant l’humain et les sensations du moment. »

Kidnapping

Est-ce dangereux de réaliser tous ses fantasmes ?

« Ça dépend on parle de fantasme ou d’imagination ? Ça peut être dangereux dans le premier cas, pour l’imagination pas forcément. Et puis ça dépend de ses fantasmes. »

« On n’a pas forcément un stock de fantasme dans lequel piocher en permanence. Un fantasme peut en amener un autre. On ne peut pas les réaliser tous car de nouveaux vont arriver. On n’a pas envie de tous les réaliser, moi-même il y en a que je veux garder rien qu’à moi, pour y penser. »

« Il est dommage de réaliser certains fantasmes car quand on y pense c’est fantastique mais une fois qu’on les vit si c’était pas génial on perd la magie d’avant. »

« Le fantasme est une production mentale et si je m’interroge sur ce qu’il est pour chacun de nous. En tous cas j’observe que le fantasme est difficile à dire. Au départ le fantasme flotte dans notre tête, il flirte avec l’interdit. Et si on en parle ça demande du travail. La responsabilité du dom est partagée avec son partenaire car la parole n’existe que dans le dialogue. »

« Je crois que c’est générationnel. On parlait beaucoup de fantasme et maintenant on parle plutôt d’expérience. J’ai tiqué sur traumatisme. Une envie d’une expérience c’est facile à vivre. Le fantasme il est dans la manière dont on va l’amener. L’important est comment, dans une expérience, l’imaginaire peut trouver satisfaction. Quand on est partenaire on est parasite de son fantasme, même si on est là pour l’accompagner. »

Quelle a été votre pire réalisation de fantasme ?

« Pour moi la pire était la première fois que j’ai été avec un autre fille. Elle m’attirait beaucoup mais on avait trop précipité les choses avant de bien se connaitre et de savoir ce dont chacune avait envie. Ça rejoint ce qu’on disait, le problème a été le cheminement. »

« Mon premier fantasme SM quand j’avais 9 ans s’illustrait pas mal dans mes jeux de petite fille, j’étais la servante ou la captive d’un savant fou qui me maltraitait. La première fois que j’ai essayé le BDSM. J’avais rencontré le gars sur le net, on avait parlé vite fait, j’étais intéressée. Et en fait il m’a mise deux fessées et on a baisé c’était nul. Je croyais que c’était ça le SM et que ce n’était pas intéressant du coup. Puis j’ai heureusement rencontré d’autres gens. »

En quoi internet contribue à la standardisation des fantasmes ?

« Je pense qu’à l’image du BDSM qui est aussi très standardisé sur le net dans le porno. En matière de littérature aussi on trouve des choses très standardisées. »

« Oralité première : tout ce qui se produit face a face. Oralité seconde : tout ce qui se produit via une interface. Je pense qu’internet a beaucoup changé l’oralité seconde. La virtualité peut amener une expression plus facile de ce qu’on a à l’esprit. »

« On a tous un inconscient collectif qu’on partage avec d’autres gens. Plus notre milieu est grand plus on s’ouvre. Notre imaginaire tend a se développer. Les fantasmes sont de plus en plus standardisés car on est beaucoup a voir les même chose, ça devient une norme. Donc c’est à la fois une ouverture et quelque chose qui nous enferme dans des images qui nous rassemblent. Même dans l’étrange on peut se donner l’impression d’être un petit peut normal. »

« Les fantasmes qui sont restés les plus forts et les plus récurrents demeurent basés sur des choses de ma vie réelle et palpable. Pas dans les images ou les livres, pas dans internet. Notre partie la plus intime peut ne pas être touchée par cette standardisation car elle n’arrive pas a toucher ce qui nous est de plus personnel. »

« J’ai déjà eu des fantasmes indicibles qui sont une succession d’image. Par contre je peux voir sur le net des choses qui se rapprochent beaucoup de ce que j’ai dans la tête. Alors plutôt que me compliquer la vie a essayer de décrire ce que j’ai en tête j’ai utilisé ces choses trouvées sur internet. J’ai pu remarquer que c’était décevant et qu’il vaut mieux faire l’effort de comprendre et d’exprimer ce qu’on a en soi. Mais ça reste pratique internet.

« J’aimerais différencier la vidéo et les écrits sur internet. J’ai lu beaucoup de blogs de personnes qui vivaient des choses et les décrivaient vraiment bien. Souvent on pense d’abord au porno car c’est facile à trouver, on trouve de tout. Mais quand on veut de l’intime, les blogs parlent de ce que des personnes vivent vraiment. J’aimerais qu’on fasse la différence entre les deux. Une vidéo est créée dans un but précis, pour faire du beau, pour que les gens se reconnaissent dedans, pour exciter. »

« Pour moi internet est juste une base de données de tout ce qu’on pouvait déjà trouver avant. L’écrit, la vidéo, la photo. On peut oui trouver des choses posées là pour être belles, mais aussi des choses à l’état brut. Les textes aussi peuvent être créés dans un but précis. »

« Internet ça s’écrit à l’instant présent. Ce n’est pas qu’une base de données. »

J’aime quand le fantasme perd son statut de fantasme, et vous ?

« Il faut soit qu’il ait été réalisé, soit qu’il perde son statut de fantasme. Moi-même si j’ai réalisé un fantasme je continue a fantasmer dessus. »

« Ce n’est pas parce qu’on a réalisé un fantasme que c’en est plus un. On peut encore se projeter dedans, y penser, en avoir envie, désirer le revivre. Peut-être que du coup on ne parlera plus de fantasme mais d’une pratique ceci dit. »

« Les contours du fantasme sont flous, ça ne peut pas être un objet figé, c’est une opération mentale. Du coup une fois réalisé il peut amener à en réaliser d’autres. »

 

Est-ce que tous les gens ici viennent au BDSM par fantasme ?

« Ça peut être un truc construit bien avant qui a une source ou alors qui t’es tombé dessus.

« Moi ça m’est tombé dessus un jour. Une femme m’a demandé une fessée et à force de la voir prendre son plaisir ça m’a excité. Rien auparavant ne semblait me mener à aimer ça. »

« Ça m’est tombé dessus aussi. J’ai rencontré un garçon un jour qui m’a dit si tu veux qu’on soit ensemble il faudra que tu m’obéisses. Quand on s’est séparés je n’ai pas réitéré avant quinze ans, j’ai fantasmé à jusqu’où on aurait pu aller si j’étais restée avec lui. Et enfin je me suis lancée. »

« Moi c’est le contraire. Je pourrais presque retrouver la date a laquelle je me suis dis que le BDSM sera surement mon truc sans avoir eu d’expérience préalable. Plein d’idées d’enfance ont maturé à l’adolescence, j’ai eu des lectures BDSM et enfin j’y suis venu. »

« Les deux à la fois. On ne peut pas désirer ce qu’on connait pas donc il faut bien que ça commence par te tomber dessus. Mo premier copain m’a mis des petites fessées, m’a attaché les mains. Et un jour j’ai lu une annonce « recherche novice à initier » tout ça m’a fait réfléchir, je me suis ouverte à l’idée. »

« Ça peut vraiment naître de soi sans que ce soit du fantasme en fait. J’ai mis le mot BDSM sur un type de relation qui existait déjà sans avoir eu le nom a mettre dessus. Quand j’étais enfant et que je pensais à ma vie future ce n’était pas un fantasme non plus car je savais déjà que j’allais avoir besoin de ça. »

« J’ai l’impression d’être né avec la domination. J’ai commencé par les arts martiaux avant le BDSM j’ai nourri ma pratique par ce que j’avais en moi. Et plus tard je suis allée au BDSM. Ca n’a rien à voir avec ma sexualité. Le sexe et le BDSM sont dissociés, même si on peut les mêler. »

« Question de génération ! »

« Je n’ai pas la réponse à ta question maintenant mais elle m’interpelle énormément c’est une excellente question. »

« On a pas mal parlé de pornographie. Je sais que mes idées sont antérieures à ces images car même dans des choses complètement mainstream , en apparence innocent, je percevais des relations de domination, des choses liées au BDSM. »

Est-ce qu’en 2017 on est différents des romains ?

« Le matériel a évolué peut-être »

« Le bdsm est inscrit dans la nature humaine et pas dans sa production »

N’hésitez pas à enrichir cet article en le commentant pour apporter votre propre expérience.


La soirée a été en animée par la présence de Niko Bukowlik  : Sa page Facebook photographe

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