Vers un consentement actif et enthousiaste

Tout le monde est d’accord : la négociation des pratiques et des limites est une étape obligée dans une relation Bdsm. Tout le monde est d’accord pour le faire, mais qui le fait vraiment ? On connait son partenaire, on veut « juste » s’amuser, on pratique dans un lieu « safe ». Finalement « nous » on n’en a pas vraiment besoin… On laisse une part de flou dans ce qu’on peut faire ou pas et cette part de flou peut mener à des situations au mieux désagréables au pire traumatisantes. Pour éviter ça, il faut revoir notre conception du consentement et adopter une posture active par rapport à ce qu’on désire. Il n’est plus question d’arracher un « petit » oui à son partenaire, mais d’exprimer ses envies de façon positive et sans ambiguïté. C’est le principe du consentement enthousiaste : Ne plus être dans le « est ce qu’il / elle va aimer » mais dans le « j’aimerais beaucoup que tu me fasse ça ». Concrètement on passe de « est-ce que je peux te tirer les cheveux  ?» à un « oh oui ! tire moi les cheveux* ! »

*Marche aussi avec, « fesse moi », « fouette moi », « gifle moi », « attache moi », « couvre moi de cire », ….

Consentement enthousiaste

J’ai vu un jour un Dom très expérimenté, lors d’une séance d’aiguilles, percer les seins d’une soumise alors même qu‘elle lui avait expressément dit qu’elle ne voulait pas (elle voulait bien les aiguilles mais pas qu’elles ressortent de sa peau). Au final ça a été une expérience positive pour elle : Le plaisir des sensations et le plaisir également d’avoir repoussé ses limites, d’avoir dépassé sa peur. C‘est bien le propre (et le danger) du BDSM : aller toujours un peu plus loin, au risque d’aller trop loin. Le Dom en question est piercer. Il pratique le Bdsm depuis des dizaines d’années et il sait ce qu’il fait. Il connaissait sa partenaire. Il a ignoré un « non» ferme et sans ambiguïté, mais dans ce cas là, heureusement, pour son plus grand bien.

J’ai aussi entendu parlé de situations beaucoup moins heureuses. De personnes ayant une expertise. De l’assurance. Une renommée parfois. Et qui n’ont pas su voir (ou entendre) que leur comportement posait problème à leur partenaire. Le consentement enthousiaste évite ce genre de situation. Mais cela demande d’oublier le concept de Dom sans faille, qui devance les souhaits de sa soumise et qui la fait jouir juste en la regardant. Cela remet en cause bien des principes d’un Bdsm fantasmé : « le Dominant est omniscient. Il sait ce qui doit être fait et comment. Il n’a pas besoin de demander quoi que ce soit à sa soumise puisque c’est lui qui contrôle les séances. Et puisqu’il sait ce qu’il fait le Dom ne se trompe pas. Plus important sans doute, on ne dit pas non à un Dom. On exécute ses ordres parce qu’on est une bonne soumise … » – Fin des poncifs.

Ça fait « bouger les lignes » et tant mieux. Je préfère souvent parler d’échange de pouvoir plutôt que de domination. Parce qu’une séance qui se passe bien c’est une séance où l’énergie et le plaisir s’échange entre les protagonistes. Que le (ou la) soumis(e) exprime ses désirs ne veut pas automatiquement dire que le (ou la) Dom va s’exécuter à la lettre (pas maintenant, pas « comme ça »). Mais entre nous je préfère de loin faire couler de la cire sur quelqu’un qui aime ça plutôt que de devoir m’arrêter au bout de 3 minutes parce que c’est trop chaud. Et que ma partenaire tende sa croupe pour que je la fesse n’enlève rien à mon plaisir.

On parle beaucoup de consentement ces temps ci, et pour cause. Le consentement enthousiaste n’est pas évident à adopter car il remet en cause notre mode habituel de fonctionnement. Il nous oblige à exprimer nos désirs. Il pourrait générer de la frustration s’il n’y avait pas le côté enthousiaste : « je n’ai pas envie de faire ceci mais on va plutôt faire ça. Et crois moi, ça va être délicieux ! »

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