Vivre un BDSM joyeux

J’ai changé plusieurs fois de statut Fetlife, cette « étiquette » qui indique ce que l’on veut afficher de notre personnalité : dominant, rigger, kinkster, evolving …Mais cela fait un moment maintenant que je m’affiche en tant que sensualiste. J’aime dominer, je suis sadique, mais ce qui me caractérise sans doute le plus, c’est que je pratique un BDSM “joyeux”, à contrepied du BDSM dogmatique et sérieux qu’on se représente souvent.

C’est quoi un BDSM “joyeux” ?

C’est un BDSM détendu où il n’est pas interdit de sourire ou même de rire. Ca ne veut pas dire qu’on n’est pas sérieux dans ce qu’on fait et comment on le fait. Ca ne veut pas dire qu’on prend les choses à la légère. Mais plutôt qu’on a assez confiance en soit, en l’autre et dans la relation pour s’autoriser ce lâcher prise. Il est plaisant de voir son partenaire partir dans ses cordes, mais à ce moment là on perd quelque chose (comme dans une relation d’échange de pouvoir où on se retrouverait tout seul). Il est plus gratifiant de voir se dessiner un sourire sur son visage.

Discipline et protocole

Daddy « sur les bords », j’aime la discipline mais je goûte moins au protocole. Un frein à certaines relations, mais qui permet justement cette ambiance plus détendue. C’est sans doute aussi pour cela que j’ai un faible pour les Brats : J’aime qu’on me tienne tête pour avoir le dernier mot, pour montrer qui domine l’autre. (Parce que c’est ça que ma partenaire recherche) En fin de compte on sait très bien tous les deux comment tout ça va finir : les mains attachées, la bouche remplie et les fesses roses. Mais rien n’empêche d’y aller dans la bonne humeur.

Désacraliser la domination

Être un dominant, ou une domina c’est être sûr de soi. De ses compétences, de sa capacité à dominer. Pas besoin de s’appeler Maitre, Master ou “Dom quelque chose” pour ça. De la même façon il n’est pas non plus indispensable de toujours garder une posture posture sans faille et sans faiblesse par rapport à son partenaire. Pour beaucoup la posture du dominant est sacré et le fait même de sortir de cette posture est un danger. On mets alors en place une distance, des règles, des punitions. Pas forcément dans le but de faire plaisir ou de nourrir la relation mais avant tout pour établir le rapport de domination.

Il y a autant de BDSM que de pratiquants, et autant de façons de le pratiquer. Je ne critique pas ici un BDSM classique, dur ou sérieux. J’envisage seulement une autre façon de vivre son BDSM. Plus ludique. Plus joyeuse. Plus décomplexée. Ça ne dénaturera pas forcément la relation, et ça pourrait même la renforcer et la rendre encore plus exaltante.

BONDiNG sur Netflix : Quand le BDSM sort du placard.

Bonding (stylisé BONDiNG) est une série Originale Netflix, diffusée en France depuis le 24 avril 2019. Elle suit Pete, un jeune homosexuel qui tente de se lancer dans le stand up, et qui arrondit ses fins de mois en devenant l’assistant de sa meilleure amie Tiff. Elle même est étudiante en psychologie mais aussi l’une des dominatrices les plus recherchées de New York. Pete a besoin d’argent et se retrouve très vite associé aux jeux tarifés de Tiff. Il découvre non seulement un monde mais aussi une partie de lui-même qu’il ne connaissait pas.

BONDiNG Série originale Netflix

BONDiNG est une série légère et globalement agréable à regarder. Sans doute parce qu’avec seulement 7 épisodes de 15 mn elle ne baisse de rythme qu’à de rares occasions. Un oeil avisé trouvera bien sûr la série un peu niaise : Cette Domina, qui est sensée être la meilleure de New-York a parfois du mal à (métaphoriquement) remplir son costume en latex. On voit bien également qu’elle n’a pas l’habitude de faire claquer un fouet, et encore moins d’attacher quelqu’un correctement et de façon safe. On peut aussi regretter un manque de message clair au niveau des pratiques : si la série mets l’accent sur la partie psychologique elle oublie parfois les règles de base en matière d’hygiène et de consentement.

« Est-ce que tu fais vraiment l’amour avec ces gens ? Non, je suis dominatrice, pas prostituée. Cela dit, il n’y aurait rien de mal à ça. »

Au delà de ça, la série est assez intéressante dans son propos. On est loin du stéréotype Grey. L’histoire se déroule dans un pays où la domination féminine tarifée est quelque chose de beaucoup plus acceptée que chez nous et où les donjons mutualisés ont pignon sur rue. La série mets en avant la domination féminine en faisant la part des choses entre la domination tarifée et la prostitution. L’héroïne se défend d’être une prostituée mais se définit tout de même comme travailleuse du sexe : “Tout le monde croit qu’être dominatrice c’est sexuel. Alors que ça te libère de la honte”. Oui, le SM utilise l’énergie sexuelle, mais non, le SM n’est pas forcément sexuel.

« Le jeu de rôle peut-être un exercice psychologiquement stimulant. »

BONDiNG aborde toute une série de paraphilies pas toujours très bien acceptées sans tomber dans le cliché ou la caricature. Elle mets en scène l’ondinisme, le furry, la dégradation, le fétichisme des pieds et même le kidnapping. Elle aborde également des fantasmes purement sexuels comme le massage prostatique qui reste encore aujourd’hui tabou. Elle parvient également à ne pas stigmatiser les différents protagonistes, au contraire: à l’image de Fred ou du colocataire, elle dépeint des personnages tout à fait décomplexés par rapport à leurs pratiques. Le message porté est du coup très positif : n’ayez pas honte de ce que vous êtes ni de vos envies.

« Tu es vraiment très jolie dans cette robe ». « C’est un déguisement, tous les vêtements sont des déguisements ».

Finalement le SM est aussi et surtout le prétexte de la série. En à peine 2 heures et sous des abords légers BONDiNG aborde des thèmes variés : les sexualités, le féminisme, les rapports de domination sociétales (le professeur et son élève), l’homosexualité … Mais celui qui prédomine est la recherche de ce qu’on est vraiment. En mettant en scènes des gens normaux (cette fille banale qui se transforme en Domina, ou ce cadre qui aime se faire uriner dessus et qui en parle sans complexe à ses amis), la série tend à désacraliser / déstigmatiser et « défantasmer » le SM.

BONDiNG aborde aussi le sujet de l'ondinisme

« La masculinité est de façon inhérente tiraillée entre les envies de domination, de pouvoir et de soumission. Les hommes viennent me voir pour échapper à ce carcans sociétal. Lorsque le patriarcat sexuel sera mort, tous les genres seront égaux ».

Certains pourraient ne pas se reconnaitre dans BONDiNG. Trop léger. Pas assez sérieux. Certes la série n’est pas parfaite, mais elle a le mérite d’aborder de nombreux sujets sans tomber dans la caricature. La saison 1 se finissant sur les chapeaux de roue, reste à voir ce que nous proposera Rightor Doyle pour la deuxième saison.

Une corde par jour avec 365rope.com

Lorsque j’ai débuté le Shibari il y a quelques années, j’ai croisé l’attacheuse EbiMcKnotty sur Fetlife. A l’époque, elle postait des exemples du shibari qu’elle pratiquait quotidiennement. L’idée m’avait beaucoup plu, mais la perspective d’attacher une fois par jour me semblait trop compliqué : Par manque de temps, mais aussi par manque d’idées de ce que je pouvais réaliser. EbiMcKnotty a relancé cette initiative sur le site 365rope.com et mon envie d’attacher plus et plus régulièrement.

Shibari improvisé 365rope.com

Aujourd’hui, les moyens d’apprendre à attacher sont nombreux : On peut s’entrainer devant des tutoriels en lignes comme ceux de Bruce Esinem. On peut aussi fréquenter des associations de Shibari. Elles ont maintenant pignon sur rue et se trouvent assez facilement dans les grandes villes de France. Fréquenter une association permet, outre de s’entraîner, de rencontrer également des partenaires de cordes. Et bien sur, il est toujours possible (et conseiller si on en a les moyens) de prendre des cours particulier. Pour progresser dans le Shibari, comme dans toutes les autres pratiques manuelles et artistiques, il faut pratiquer. Encore, encore, et encore.

Une ressources gratuite et riche pour ceux qui débutent

365Rope.com est organisé en saison : le printemps correspond aux bases. L’été se concentre sur le corps, les différentes positions et possibilités de contraintes. L’automne, envisage des techniques plus complexes, tandis que l’hiver mets l’accent sur l’exploration. A l’heure actuelle, seule une partie du printemps est écrite. Il va falloir être très patient pour que le site soit complètement terminé. Quoi qu’il en soit, le site traite déjà largement des bases du Shibari : Il explique les bases, la sécurité, le vocabulaire employé, indique également où trouver des cordes. Les trois premières “semaines” envisagent les fondamentaux du Shibari : Le single Colomn, les frictions, les demis clefs demi clefs …

Vocabulaire Shibari Kinbaku

Les articles de EbiMcKnotty se divisent en trois parties : Dans la première elle présente son sujet avec parfois des illustrations simples et efficaces. Dans la deuxième partie, elle propose des exercices qui vont permettre à la fois de mettre en pratique mais aussi d’évoluer : En changeant par exemple, sa façon d’attacher ou ce qu’on attache. La dernière partie de l’article correspond aux inspirations et aux ressources externes. Le tout donne un contenu riche et bien équilibré.

Quelques défauts mais une belle réussite

  • Le site donne toutes les bases nécessaires pour commencer le Shibari et pratiquer régulièrement.
  • L’auteure nous propose d’avoir un regard critique sur notre travail et nous donne des clefs pour le juger. (Est-ce que nos noeuds sont assez compacts et serrés ? Les tensions correctes ? …)
  • Le site est en construction, seul le printemps est totalement terminé. C’est un projet à long terme qui devrait de poursuivre encore plusieurs années.
  • Le site est en anglais ce qui peut en rebuter certains, même si on utilise un argot anglo-saxon tout autant que japonais
  • Les illustrations et descriptif des noeuds et frictions sont très simples. Ils restent moins facile de les comprendre qu’une explication en vrai.
  • Ca n’empêche pas de prendre des cours, au contraire. Rien ne remplace les conseils d’un attacheur expérimenté

Si vous êtes curieux et que vous débutez le Shibari 365rope.com est fait pour vous. Et si vous avez simplement envie de progresser, le “one rope challenge” et un excellent prétexte pour attacher autrement et plus souvent.

Indispensable communication

De part la nature même des relations D/s la communication est difficile et d’autant plus indispensable. Autant voire plus que dans une relation “classique” : A la cohabitation entre êtres humains s’ajoute l’enjeux de l’échange de pouvoir: une dynamique, un courant d’énergie qui doit circuler entre les intervenants. Et qui, pour bien le faire a besoin qu’on la canalise. J’arrête ici la métaphore : communiquer, faire comprendre à son partenaire ce dont on a envie et ce qu’on ne veut pas faire est indispensable dans une relation BDSM.

La communication n’est pas une chose évidente

La communication est indispensable dès le début d’une relation D/s. Sauf à rencontrer un vieux de la vieille de la domination (J’entends par là un homme, ou une femme, cette phrase étant assez difficile à écrire en inclusif). Domina(nt)s et Soumis(e)s doivent communiquer. Ne partez pas du principe que vous allez comprendre l’autre, ou que l’autre va vous comprendre sans échanger au préalable. Surtout lorsqu’on envisage des situations de conscience modifiée. Ne partez pas du principe que “cela va de soi”, que “C’est évident”. Dans la vie rien ne va de soi, encore moins dans le BDSM. Chacun de nous est différent, dans sa sensibilité physique ou dans sa construction mentale. Nous avons tous les même pratiques mais de façon tellement différente … Il est donc indispensable de mettre à plat les envies et besoins de chacun au début de chaque relation ou séance de jeu.

De la crainte à la libération

Il n’y a rien de plus compliqué que de communiquer. Parce qu’on n’ose pas exprimer ses sentiments, parce qu’on est souvent « drivé » par la peur, le manque de confiance en soi ou la honte. Mais aussi parce qu’on n’a pas l’habitude de le faire. On ne sait donc tout simplement pas comment faire. Communiquer n’est pas systématiquement synonyme de parler ou plutôt pas seulement. Si on n’ose pas affronter l’autre directement pourquoi ne pas s’enregistrer? Juste la voix ou en vidéo. On peut aussi écrire : Un mail, une lettre, juste quelques mots griffonnés sur un post-it. Dire les choses qui nous pèsent permet de se libérer de ce poids. Dire qu’on s’ennuie pendant un séance, ou qu’on a vraiment mal ne doit pas être un problème. Au contraire, cela permet de mieux vivre sa relation en la basant sur la transparence et la bienveillance et non pas sur la quête de la performance.

Quelques outils

Pour nous aider à communiquer il existe des outils dont on peut se servir au quotidien :

  • La liste de fétishs est une très bonne entrée en matière pour une discussion : si chacun rempli sa fiche (pas seulement le ou la soumise) cela peut donner lieu à discussion sur les envies et les choses à explorer, à tester.
  • Le carnet de soumission est un « outil » de domination. Il permet aussi de communiquer avec son partenaire : En tant que dom il est tout à fait envisageable de demander à son ou sa soumis(e) de s’exprimer sur son état d’esprit, ses craintes ou ses envies. En tant que soumis(e) il permet un feedback, un lieu d’expression.
  • La communication non violente, une communication bienveillante dont le guru est Marshall Rosenberg. Difficile à mettre en place mais inspirante.

En pratique on communique tout le temps : avant une séance pour la négocier. Pendant pour interroger son partenaire sur son état ou donner des indications. Après pour debriefer. La communication devrait donc devenir pour nous, sinon quelque chose de naturel, au moins quelque chose de simple.

Les accessoires (BDSM) du quotidien

Il existe un certain nombre de magasins et de site internet marchands spécialisés dans les accessoires bdsm (McHurt reste ma référence). Et on voit fleurir dans les sex-shops plus traditionnels des rayons dédiés au bdsm. Mais ils sont alors généralement assez coûteux, ou plutôt, le rapport qualité prix n’est pas forcément très bon (à l’image de la gamme “50 Nuances de Grey” qui propose des produits sensiblement plus chers que la moyenne). On s’aperçoit vite que pour avoir la de qualité il est nécessaire d’y mettre le prix, la rareté de l’offre BDSM tirant à mon sens l’offre vers le bas.

On devra alors se tourner vers des boutiques Etsy, ou des vendeurs en ligne comme Charon, ou les jouets de Sarah qui proposent des produits beaucoup plus qualitatifs. Reste que c’est un plaisir d’ajouter un nouveau jouet à sa collection. Et qu’il est assez facile de détourner les objets du quotidien dans un but de jeu. On pourra également trouver dans certains magasins des alternatives économiques au boutiques spécialisées.

A la maison

Commençons par réutiliser les objets de notre quotidien. Ceux qu’on peut trouver dans la cuisine ou dans notre dressing et que l’on peut exposer sans risque de passer pour un pervers :


  • Dans la chambre, on trouvera cravate et foulards. Le premier pour lier les mains, le second pour bander les yeux.
  • Dans le bureau un (double ou) triple décimètre. Le notre est en bois et viens de la collection “maison close”, mais rien ne vous empêche d’utiliser ce que vous avez sous la main. Préférez la, en bois, longue et plate.
  • Dans la cuisine on trouvera facilement des jouets d’impact. Les spatule en bois ou en silicone vous permettrons de tester ce genre de jeu avant de passer à des objets plus conventionnels. Attention à bien vérifier que votre objet est “safe” c’est à dire sans écharde ni tranchant.
  • Dans la salle de bain (ou tout autre pièce où vous aurez placé votre machine à laver) vous trouverez des pinces à linges. Là encore, préférez le bois au plastique qui peuvent casser : Le but est de pincer et non de couper votre partenaire. Mais rien ne sert d’acheter ce genre d’objets si vous en possédez déjà. Le seul inconvénient par rapport à des pinces à tétons classiques c’est que vous ne pourrez pas modérer la force des pinces.

Inutile de préciser qu’il est impératif de pratiquer avec des objets d’une hygiène irréprochable, si possible neufs, propres et désinfectés.

En magasin

  • Au printemps 2018 le community manager des magasins Decathlon surf sur la vague 50 Nuances de Grey et fait le paralelle entre le sortie du second film de la série avec la vente de cravaches. Un coup de comm’ mais sans doute également une réalité : un cravache Decathlon coûte 9€ contre 26€ chez Démonia. Et on elle permet de s’équiper sans rentrer dans un Sex Shop. Je ne suis pas un grand fan de la cravache, mais c’est une entrée en matière facile pour les jeux d’impacts. A titre personnel, au model classique je prèfere la cravache de dressage.

Attention : n’utilisez que des bougies en paraffine ou cire végétale (dont le point de fusion est inférieur). En aucun cas vous ne devez utiliser de bougie à base de stéarine : cette substance a un point de fusion élevé et augmente la température de la cire. Dans tous les cas, testez les bougies avant de les utiliser lors de vos jeux.

  • On trouvera en animalerie toute une sélection de colliers pour chat et chiens. Et de laisses. Pas les plus jolis, mais les moins chers.
  • Chez Castorama, ou tout autre magasin de bricolage, vous pourrez imiter Christian en vous procurant chaines et colliers de serrages. Pour ce qui est des cordes soyez prudent. Evitez les cordes en cotons qui brûlent la peau en cas de friction. Ne les achetez ni trop fines, ni trop grosse. Au delà de ça on y trouve parfois du chanvre. Achetez également des chaines galvanisées et quoi qu’il en soit désinfectés les soigneusement.

On voit bien qu’il n’est pas besoin de passer en magasin pour s’équiper d’accessoires bdsm. on peux tester des pratiques avec ce qu’on a sous la main. Et d’ailleurs, on n’a besoin que de ses mains pour fesser son ou sa partenaire !

Le Dress Code

Le Dress Code ou code vestimentaire est la consigne qu’on donne aux participants d’une soirée quant aux tenues acceptées. Il peut faire peur et rebuter certains : parce qu’on endosse un costume qui n’est pas forcément le nôtre, parce qu’on a peur du regard des autres, ou parce que c’est souvent un investissement en temps et en argent. Dans ces conditions pourquoi donc l’imposer ? Et en quoi est-ce une bonne chose de le suivre ?

A chaque événement son Dress Code 

Il existe différents type de soirées qui ne suivant pas les mêmes règles : Par définition, lors des munchs il n’y a pas de dress-code. L’idée est d’accueillir les personnes intéressées mais novice pour leur permettre d’échanger sur le BDSM. Il n’est donc pas nécessaire de leur « mettre la pression » en leur imposant de s’habiller d’une manière ou d’une autre. Ces rencontres ont généralement lieu dans des lieux publics, où un code vestimentaire n’a pas vraiment de sens non plus. A contrario, dès qu’on parle de soirées réellement dédiées à des pratiques BDSM le dress code est souvent imposé. On vous demande de porter du Latex, du Vinyle, du cuir ou du wetlook. On vous suggère des tenues plus décalées (les uniformes par exemple). Et on vous demande surtout de laisser au vestiaire jean, t-shirt et baskets.  

Un moyen simple de faire partie de la soirée

On a tous une certaine appréhension à se retrouver dans un environnement qui ne nous est pas familier. Raison de plus d’adopter le dress code de la soirée : d’abord parce que cela nous permet de ne pas nous tromper dans ce que l’on va porter, et de ne pas être en décalage avec les autres participants. Ensuite, parce que c’est un moyen simple de faire vraiment partie de la soirée : Même si on ne pratique pas on sera là. On va apprécier regarder les autres. Et les autres vont nous regarder. Un mélange de voyeurisme et d’exhibitionnisme qui fait particulièrement partie de soirées “fetiches” telles que la Demonia où l’on va plus pour se montrer que pour jouer.

L’habit fait le moine

Une soirée réussie est une soirée où chacun apporte quelque chose : son atour, son talent, son goût du jeu …  Cela peut demander quelques efforts mais c’est aussi un plaisir de se mettre en valeur. C’est le bon moyen de montrer qui l’on est, ou qui on voudrait être. Dans des soirées où l’on ne se connaît pas ça permet de simplifier les rapports. On se positionne (en tant que Dom ou en tant que soumis par exemple), on émet des souhaits. On fait passer des messages. Et le dress code est une norme qui permet paradoxalement de prendre le contre-pied La norme : Rien ne vous empêche d’adopter une tenue qui casse les codes de genre, d’âge ou de sexualité.

Les bonnes pratiques en matière de dress code expliquées par sadistique.com

On entend souvent critiquer le Dress Code. Il serait cher, inutile, difficile à mettre en oeuvre. Il favoriserait les femmes. Je pense au contraire que c’est un passage obligé qui fait partie du plaisir que l’on prend en soirées. Il nécessite de l’implication mais permet en retour de pleinement profiter des moments que l’on vit.

Les bâillons : pour (ne pas) faire taire son partenaire.

Le bâillon est un objet assez courant dans l’imagerie populaires. Dans beaucoup de films d’action les prisonniers sont attachés et souvent bâillonnés. Ils sont alors à la merci de leur ravisseur (jusqu’à ce que le héros de l’histoire vienne le libérer). Le dominant a le pouvoir sur le ligoté. Le soumis est sans défense, à sa merci. Pas étonnant que certains de nos fantasmes soient construits autour du bondage et des bâillons. Et que Betty Page devienne une égérie Kinky des années 50

Anatomie du bâillon

Foulard, corde, culotte … tout ou presque peut servir de bâillon. Le ball gag ou bâillon boule est un objet emblématique du BDSM. Il oblige le soumis à ouvrir grand la bouche et l’empêche de la refermer. Le dominant contrôle ainsi son partenaire en le plaçant dans une position contraignante et inconfortable. On trouve toutes sortes de ball gags : Ils peuvent être de tailles et des matières variées, plus ou moins dures, plus ou moins grosses. On trouve également de nombreuses déclinaisons avec les O rings, les mors, ou des équipements plus compliqués en cuir, en métal ou en latex, qui permette de remplir une bouche ou de la maintenir grande ouverte.

Humiliation et lâcher prise

La contrainte n’est pas le seul intérêt du bâillon boule. Le bâillon empêche de parler, (mais pas d’émettre certains sons). Il empêche également de déglutir. La salive va donc finir tôt ou tard à s’écouler le long de la bouche de celui, ou celle qui le porte. Elle va alors couler par terre, ou sur son cou, sa poitrine… L’hypersialorrhée est une paraphilie. En d’autres terme si cette description vous excite, c’est tout à fait normal. Le bâillonné connaît alors un sentiment d’impuissance et de perte de contrôle. La honte de ne pas arriver à retenir ses fluide. La honte de baver et d’être “souillé·e”. Ou bien encore, parce que la bouche ne peut plus être fermée, un approfondissement du sentiment d’être offert·e. Finalement, le but est de dépasser cette honte, ce sentiment d’être offert et de lâcher prise.

Quelques conseils :

  • Commencez petit. Une boule trop grosse ne rentrera pas dans toutes les bouches.
  • Attention également, les boules trop dures peuvent également abîmer les dents. Débutez avec des matières plus douces comme le silicone.
  • Certains modèles se clipsent et permettent un nettoyage plus facile du bâillon.
  • Si tout se passe bien votre partenaire sera dans l’incapacité de prononcer un safe-word. Prévoyez un “geste de sécurité”. (Le soumis peut par exemple garder un objet en main et le laisser tomber en cas de problème).

Le bâillon est un accessoire à la fois simple à se procurer et simple à utiliser. Il n’en reste pas moins un outil puissant dans une relation D/s, ou lors de simples jeux BDSM.

[Les rôles] Etre un (bon) Dominant

Lorsqu’on se demande ce qui fait un bon dominant on risque rapidement de tomber dans des clichés et des lieux communs. L’image populaire du dominant est celui d’un l’homme d‘affaire, riche et à qui tout réussi. Cette description correspond peut-être à un archétype précis de dominant qu’on retrouve depuis très longtemps dans la littérature comme au cinéma.. Mais elle est loin de correspondre à la diversité des cas possibles de “la vrai vie”. Un dominant c’est effectivement une personne “de pouvoir”. Un homme, ou une femme. Ou peut-être une personne d’un autre sexe. Une personne charismatique, et qui prend les choses en main. Et qui accompagne son soumis dans leur relation. .

Un “maître” dans l’art de repousser les limites

Dans l’absolu, tout le monde peut donc dominer. Sous réserve d’avoir envie de le faire et d’aimer ça. Dans l’acception populaire, dominer c’est surpasser l’autre à tel point qu’on l’écrase et qu’on lui prend tout, (et se soumettre un aveux de faiblesse). Mais dans une relation d’échange de pouvoir ce n’est pas le cas. S’il est aisé de dominer l’autre il est moins simple de l’accompagner, de le protéger, de le nourrir. Le but d’une relation BDSM, encore plus que dans une relation classique est de grandir et de faire grandir l’autre. Trouver sa voie et guider son ou sa partenaire.

Le “jeu” consiste à “pousser” l’autre le plus loin possible. Les limites qui ont été définies entre le dominant et le soumis ne sont pas des frontières infranchissables, mais plutôt des jalons. Des points de repères. Seules les hards limites ne doivent pas être franchies. Il faut donc être fin psychologue pour savoir quand faire les choses et comprendre la réaction de l’autre. Des pleurs peuvent être synonyme de plaisir. Des rires, au contraire, le signe d’un stress intense. Le Dominant est garant du bon déroulement des choses. Et c’est à lui qui doit s’assurer de la sécurité physique et psychologique de son partenaire, tout en se préservant lui-même.

Ni une question de sexe, ni une question de force

La domination n’a pas de sexe. Oublions l’aspect vénal de certaines dominations féminines le reste est identique. La domination n’a pas non plus grand chose à voir avec la force physique. Des femmes menues peuvent par exemple très bien dominer des hommes plus forts physiquement.  De même si le soumis est plus âgé. Je mettrai cependant un bémol par rapport à l’âge : si la valeur n’attend pas le nombre des années l’expérience est un atout indéniable. La domination peut être brutale, sensuelle, ou même totalement cérébrale. Tout dépend des aptitudes du dominant et du goût de son partenaire.  

La richesse n’a pas grand chose à voir avec la domination. Elle permet de s’offrir de beaux accessoires (des objets d’artisans et de qualité). Elle simplifie également la mise en relation des protagonistes, mais déséquilibre parfois leurs rapports. Le pouvoir est la capacité à faire. Dans le cas qui nous intéresse celle d’amener l’autre là où on veut le mener. Le charisme est donc indispensable à un bon dominant. C’est cette aura qui va donner au soumis l’envie de lâcher prise et de se livrer.

Quelques conseils

  • Soyez clairs et précis dans vos consignes : La communication est indispensable dans ce genre de relations. Exprimez vous assez fort et assez distinctement pour que votre soumis.e n’ai pas à vous faire répéter.
  • Soignez votre look : Il n’y a pas que les soumises qui doivent faire des efforts ! Enlevez donc ce jean et ce t-shirt et optez pour du cuir ou du latex.
  • Soyez sexy : corollaire du point précédent. Vous pouvez être sexy. Ne vous en privez pas.
  • Soyez créatif : Il y a tant de choses à tester. Variez les plaisirs ! Il n’y a rien de pire qu’un.e soumis.e qui s’ennuie …
  • Soyez attentif : Restez concentré sur votre partenaire du début de la séance et jusqu’à l’after-care.
  • Gardez le contrôle : C’est au dominant de contrôler la situation. Sur la séance, sur son soumis, mais par dessus tout, il doit garder le contrôle sur lui-même.
  • Soyez conscient des risques : N’oubliez jamais que les pratiques BDSM sont intrinsèquement dangereuses.
  • Apprenez : prenez des cours, regardez des tutos, faites des tests. Progresser dans la technique vous rendra plus
  • Prenez plaisir à ce que vous faite. Et partagez ce plaisir.

La domination n’est pas une chose monolithique. De la même façon il n’y a pas un seul archétype de dominant. Ne vous inquiétez pas si vous ne rentrez pas dans la case “Christian Grey”. Ne vous inquiétez pas non plus si vous n’êtes pas un “natural born dominant”. La domination est un savoir faire autant qu’un savoir être, et un domaine dans lequel on peut tous progresser.

Pour aller plus loin : L’art de dominer est un ouvrage de référence incontournable sur le sujet.

Grayson Perry à la Monnaie de Paris

jusqu’au 3 février 2019, l’artiste Grayson Perry s’exhibe à la Monnaie de Paris dans une exposition nommée “Vanité, Identité, Sexualité”. L’occasion pour les parisiens (et les provinciaux en visite à Paris) de découvrir l’artiste. Et pour moi de vous en parler. L’occasion également de découvrir le bâtiment de la Monnaie de Paris, un très bel écrin pour cette monographie. Grayson Perry est un artiste, britannique âgé de 57 ans. Il découvre la poterie lorsqu’il en a 20 et qu’il vit dans un squat d’artiste à Londres. Ce n’est qu’une vingtaine d’année plus tard qu’il sera consacré par ses pairs en remportant le prix Turner en 2003.

Exposition Grayson Perry à la Monnaie de Paris

Des robes, de poterie des statuts en métal et des tapisseries : Perry s’appuie sur des techniques artistiques ancestrales. Travestis depuis son enfance et père de famille, il aborde ainsi des questions actuelles liées à la société, au genre, à la sexualité ou à la paternité. Les robes sont brodées de sexes en érection. Les poteries mêlent photographies tirées de catalogues et dessins ultra-subjectifs. Et les tapisseries (industrielles) dépeignent des scènes de vie contemporaine.

Par le biais de son travail Perry interpelle. Il pose des questions sur l’identité et le genre, notamment en mettant en scène son alter ego « Claire ». Queer, il déconstruit les représentations liées à la masculinité. Il prend le contre-pied de ce qu’on attend d’oeuvres de poterie ou de tapisserie traditionnelles. Et il sensibilise le visiteur à des problématiques liées à la société actuelle. L’artiste ne réinvente pas, il s’appuie sur ce qui existe depuis des années et perpétue la tradition… à sa manière !

Pourquoi évoquer Grayson Perry sur un site dédié au BDsM ? Parce que l’artiste se dit lui même “kinky”. Qu’il utilise l’imagerie du Bdsm dans ses œuvres (cf illustration ci dessus). Et qu’il prône la deconstruction des schémas sociétales, en s’affichant travesti et père, potier et pornographe. Une philosophie que je veux associer au milieu BDsM. Un milieu qui permet de renverser les codes de la société actuelle. Et où l’on peut être vraiment ce que l’on veut être, qu’importe son âge, son genre ou ses penchants sexuels.

Examen d’une séance BDSM

Dans le BDSM il y a sans doute autant de pratiquants que de façon de pratiquer : On peut jouer en privé, sur le tapis du salon ou dans un lieu “public”*, en  club ou en soirée qu’elle soit dédiée ou non au SM. On peut pratiquer à deux, à trois ou en groupe avec n’importe quelle configuration Domina.nt.s / soumis.es. Avec des partenaires réguliers ou occasionnels et parfois même des gens qu’on ne connaît pas. Il peut y avoir du sexe et parfois pas, de la domination ou simplement des jeux de cordes ou de douleur … et tout ça peut se décliner à l’envie. Il n’y a donc pas à mon avis de séance type.

 

Cela dit, dans tous les cas, le dominant doit comprendre les aspirations de son partenaire. C’est le « Dom » qui conduira la séance il doit avoir une idée de là où il va, et comment. Avant d’être en couple « Kinky », j’avais l’habitude avant chaque séance de demander à ma partenaire de quoi elle avait envie. Lorsqu’on connaît peu ou pas l’autre c’est une habitude très saine puisqu’elle permet d’engager la conversation sur les limites de ce qui va se passer ensuite. Méfiez-vous d’une réponse trop vague du type “je veux juste m’amuser” sauf à ce qu’il soit bien établi que vous êtes totalement maître d’aller aussi loin que vous le désirez. (Et dans ce cas là, exigez l’établissement d’un safeword).  Tout n’a pas à être défini à l’avance mais un certain cadre est nécessaire pour la sécurité de tous.

 

Le soumis a aussi son mot à dire ne serait ce que sur ses goûts, ses attentes, ses limites. Il n’y a pas plus frustrant que de pratiquer avec quelqu’un qui n’aime pas ce qu’on lui fait … et qui ne réagit pas !

Si on domine, on doit savoir où on va. Mais comment faire quand on débute ? Je me souviens très bien de la préparation d’une de mes premières séances. J’avais griffonné sur des post-it des actions que je pourrais réaliser : bander les yeux, martinet, fessée, cire … et je les avais organisés sur mon frigo comme une sorte de synopsis préparant la séance. « On va commencer par là, puis on fera ça, et ensuite on poursuivra par ça »… Aujourd’hui il en va autrement. Je suis un fétichiste des accessoires : des cordes, des bandeaux, des martinets, des plugs, des objets vibrants, pinçant, piquant, coupant en tous genres . C’est un peu encombrant mais ça me permet d’improviser : j’ouvre un tiroir et je me laisse guider par mes envies et par la réactivité de ma partenaire.

Si vous débutez, faites simple. Explorez les pratiques les unes après les autres. Vous aurez tout le loisir de complexifier vos séances par la suite.

 

Il m’est aussi arrivé d’être frustré par le déroulement d’une séance : on prépare, on mets en oeuvre, on se mobilise physiquement et nerveusement et parfois on s’oublie au profit de son partenaire. On a pas assez reçu par rapport à ce qu’on a donné. Une séance réussie est une séance où chacun trouve son compte. Il ne s’agit pas seulement pour le Dom prendre son plaisir.  Il ne s’agit pas non plus de tout donner a son soumis. Tout le monde doit y trouver son compte. Chacun pratique donc à sa façon. Mais les sessions BDSM qui se passent bien constituent toutes des moments forts en sensations, en émotions et en endorphine. La descente, « le drop », se ressent surtout chez le soumis, mais peut également avoir des conséquences chez le Dominant. L’after Care est donc nécessaire pour amortir cette chute. Dans les minutes, les heures et les jours qui suivent la fin de la séance il est important de prendre soin de son partenaire, se reconnecter, et veiller aux contre coups physiques et mentales.

 

N’ayez donc pas peur de ne pas rentrer dans un moule. Prenez du plaisir et respectez vos partenaires. Expérimentez et pratiquez. Trouvez votre style et suivez votre voie !

 

*Attention la loi réprime l’exhibitionisme et la contrainte sur la voie publique